Quelques points de nomenclature

Amaryllidaceae

Pourquoi la nomenclature ?

Pour que tout le monde se comprenne.

Dans ce but, quelques règles simples doivent être appliquées. Par exemple :


Une espèce unique < = > un nom unique.

Le code

La nomenclature est régie par le Code International de Nomenclature Botanique.

Ce code, maintenant en anglais, est actualisé périodiquement.

Consultez le code !

Base

Pour être valide le nom doit avoir fait l'objet d'une publication effective et valide. Il doit en outre être conforme aux règles pour être légitime.

Dans la publication, le taxon (par exemple le binôme Genre + épithète) doit être accompagné (outre du nom de l'auteur) d'une description, ou diagnose, en latin (obligatoire depuis 1935) [ Sinon : nomen nudum ].

Cette publication doit faire référence à un échantillon ou type conservé dans un herbier officiellement répertorié.

Notez qu'on a fixé un point de départ de la nomenclature au 01 mai 1753, date attribuée à la première édition du Species Plantarum de Linné (Art. 13). Les noms plus anciens, dits "pré-linéens" ne sont pas valides.

nomen nudum

Faute de description, ou de description en latin après 1935, le nom est invalide (nomen nudum), l'espèce reste innommée.

Exemples de nomen nudum :

Dans le genre Ungernia, quatre noms d'espèces sont publiés par Vvedensky en 1935 sans description latine... obligatoire depuis cette année là :

Ungernia minor Vved. (1935)
Le nom correcte sera le premier nom valide publié pour cette espèce (dès 1936) :
U. oligostroma Popov M. & Vved. in Popov & Androssov.
U. ferganica Vved. (1935)
U. tadshicorum Vved. (1935)
U. victoris Vved. (1935)
Ces trois noms seront republiés validement, en 1970 seulement, par Artjushenko :
U. ferganica Vved. ex Artjushenko, Amarillis. SSSR, 30.
U. tadshicorum Vved. ex Artjushenko, Amarillis. SSSR, 31.
U. victoris Vved. ex Artjushenko, Amarillis. SSSR, 31.

« ex »

Le nom d'une espèce est suivi du nom de son auteur. Lorsque l'auteur a repris un nom proposé (ou invalidement publié) par un autre auteur pour cette même espèce, on peut -facultativement- indiquer le premier auteur, suivi de ex, avant le nom de l'auteur de la publication valide.

Exemple du genre "Worsleya (W. Watson ex Traub) Traub"

Watson avait proposé pour l'espèce

Amaryllis (Hippeastrum) procera

de créer un sous genre nommé Worsleya. Il en avait fait la proposition à Worsley, qui avait modestement décliné cette proposition. Plus tard, Traub publira effectivement le sous genre, qui peut donc s'écrire

Worsleya W. Watson ex Traub.

ou

Worsleya Traub.

Traub en fera ensuite un genre à part entière, d'où les parenthèses autour du / des premiers auteurs.

Les types

Le type a une valeur uniquement nomenclaturale, et non pas systématique ou autre. Il n'est pas représentatif de la « moyenne » de l'espèce. Il donne au nom une base matérielle contrôlable et révisable. En cas de division de l'espèce, par exemple, il permet de savoir à quelle subdivision de cette ancienne espèce le nom est applicable. Donc le type donne au nom une réalité physique évitant que ce nom ne puisse être appliqué à une autre espèce qu'à l'origine.

Art. 7.2. Un type nomenclatural est l'élément auquel le nom d'un taxon, qu'il soit correct ou synonyme, est attaché d'une manière permanente. Le type nomenclatural n'est pas nécessairement l'élément le plus typique ou le plus représentatif d'un taxon.

L'holotype est le spécimen unique désigné par l'auteur comme référence du nom de l'espèce. (Art. 9-1) C'est un échantillon de valeur inestimable. L'isotype est un double de l'holotype (sans valeur nomenclaturale).

Avant les règles actuelles de la nomenclature des descriptions étaient parfois basées sur une série d'échantillons, les syntypes.

Les spécimens cités dans la publication mais non retenus comme hollotype (ou isotype, ou syntype) sont appelés paratypes. Les paratypes n'ont aucune valeur nomenclaturale mais peuvent par leur diversité illustrer la variabilité de l'espèce. En cas de révision et de subdivision de l'espèce, une partie de ces paratypes deviendront paratypes voire holotype(s) de la (ou des) nouvelle(s) espèce(s).

En l'absence de l'indispensable holotype un lectotype, de valeur proche, est désigné parmi les isotypes ou syntypes.

A défaut un néotype, au rôle de référence similaire, sera choisi. (L'holotype reprend sa priorité s'il est retrouvé.) (Art. 9)

Les synonymes

Nombres d'espèces ont reçu plusieurs noms, soit du fait de l'isolement des botanistes, soit parce que des espèces ne sont plus considérées que comme sous espèces (en attendant, parfois, de redevenir de bonnes espèces).

Pourtant un seul de ces noms doit être utilisé. La règle de priorité (Art. 11) veut que soit retenu le plus ancien nom légitime. (Les noms prélinnéens ne sont pas retenus.)

Les noms postérieurs, ou synonymes, ne doivent plus être utilisés dés que la synonymie est établie.

Le nom conservant son existence, l'épithète du synonyme ne peut plus être employée dans le même genre. (Le type conserve son statut et retrouvera tout son intérêt en cas de division de l'espèce, pour l'attribution de noms aux nouvelles espèces.)

Exemple. Synonymes du nom de la famille :
Narcissaceae Durande, 1782. (Juss., 1789) nom. rej.
Leucojaceae Batsch & Borkhausen, 1786
Amaryllidaceae J. St.-Hil., 1805, nom. cons.
Crinaceae Vest, 1818
Brunsvigiaceae Horan., 1834
Galanthaceae G. Mey., 1836
Gethyllidaceae Raf., 1838
Pancratiaceae Horan., 1847
Cyrtanthaceae Salisb., 1866
Haemanthaceae Salisb., 1866
Oporanthaceae Salisb., 1866.
Strumariaceae Salisb., 1866
Zephyranthaceae Salisb., 1866

Le Code de Nomenclature prévoit la possibilité d'une dérogation à la règle de priorité : les noms conservés *. (Art. 14) La conservation d'un synonyme doit être argumentée devant le Comité Général de Nomenclature puis devant un Congrès International. (Les noms conservés ne peuvent plus être remis en question.)

Les noms de la majorité des familles actuelles sont conservés.
Amaryllidaceae J. St.-Hil., 1805, nom. cons.
= Narcissaceae Jussieu, 1789 nom. rejic.
Alliaceae Batsch ex. Borkh. 1797, nom. cons.

La question de la conservation du nom de famille Amaryllidaceae est à nouveau à l'ordre du jour : L'APG II (2003) a conseillé de regrouper les familles voisines Amaryllidaceae et Alliaceae. En raison de l'antériorité, c'est le nom Alliaceae qui est prioritaire. Hors ce nom a été très peu utilisé puisque la famille est resté incluse en permanence dans les Liliaceae. Inversement le nom Amaryllidaceae est universellement employé car la famille a presque toujours été indépendante. Il faudrait donc abandonner un nom courramment employé par tous pour le remplacer par un nom inconnu. Cela ne répond pas à l'objectif de stabilité du code ! C'est pourquoi une conservation du nom Amaryllidaceae a été immédiatement envisagée (Alan Meerow, 6 avril 2003, message sur la liste de diffusion IBSMEMBER). Une demande de conservation a été publiée en novembre 2007 (Taxon 56(4): 1299-1300).


Un synonyme peut être conservé contre un nom prioritaire (moins utilisé) qui devient nom à rejeter (nom. rejic.).
Un nom peut être conservé pour lui garder un sens (illégitime) au dépend du sens légitime (mais contesté) (cas d'Amaryllis).

Exemples de genres conservés :
Amaryllis L. nom. cons.
Hippeastrum Herb. Dec 1821 nom. cons.
= Leopoldia Herb. Feb 1821. nom. rejic.
Nerine Herb. 1820 nom. cons.
= Imhofia Heist. 1755 nom. rejic.
Zephyranthes Herb. 1821 nom. cons.
= Atamosco Adanson 1763 nom. rejic.
Recommandation 50E.1. Un nom générique ou spécifique, accepté comme nomen conservandum, devrait être cité avec l'abréviation "nom. cons." pour être cité complètement.

Note théorique : Un "nomen conservandum" (pluriel "nomina conservanda") ne signifie pas "nom conservé" mais "nom à conserver". La terminaison "-ndus/a/um" est la marque du gérondif. Un "nom conservé" se dirait "nomen conservatum" (pluriel "nomina conservata"). En pratique, le sens "nom conservé" semble imposé par les anglo-saxons.

Les homonymes (Art. 53)

Un nom est illégitime s'il est un homonyme postérieur (ou ressemblant au point de prêter à confusion)

Exemple : Lorsqu'en 1863 Duchartre nomma une nouvelle espèce Amaryllis procera, il ignorait que ce nom avait déjà été utilisé pour une tout autre espèce par Salisbury en 1796.
Il y eu alors deux homonymes :
Amaryllis procera Salisbury 1796
Amaryllis procera Duchartre 1863, non Salisbury 1796
Le second nom ne peut être utilisé et son épithète ne peut servir de basionyme (pour créer une nouvelle combinaison, dans un autre genre).
Voir l'histoire nomenclaturale complexe de Worsleya procera.

Parfois une homonymie apparaît après transfert d'une espèce dans un autre genre :

Exemple : Lors de l'inclusion de Vallota speciosa (L.f.) Dur. & Schinz dans Cyrtanthus, une homonymie avec Cyrtanthus speciosus Dyer a obligé à utiliser une épithète jusque là synonyme pour la Vallota : C. elatus (Jacq.) Traub.

NB : Les nomenclatures botanique et zoologique étant indépendantes, il peut exister des homonymies entre végétal et animal.

L'écriture des noms

Le binôme (ou plus généralement le taxon) est précisé en le faisant suivre du nom (qui peut être abrégé) de l'auteur du nom, de la description et de la diagnose. (Art. 46) Lorsque l'espèce a été changée de genre (ou le taxon changé de rang : sous espèce devenue espèce) l'auteur de l'épithète est entre parenthèses suivi de l'auteur du changement. (Art. 49)

Exemple : Proiphys amboinense (L.) Herb. Cette espèce placée par Linné dans le genre Pancratium a été transférée dans le genre Proiphys par Herbert.
Ajoutons, à titre anecdotique, que l'espèce a été placée dans Eurycles. Mais cette combinaison n'est pas utilisée car la publication valide de Eurycles est postérieure à celle de Proiphys.

Lorsqu'un nom a été utilisé préalablement à la publication valide (notamment par un auteur prélinnéen) il est autorisé d'indiquer le nom de cet auteur suivi de « ex » puis du nom de l'auteur de la publication valide qui a repris l'épithète.

Exemples :
Cryptostephanus Welwitsch ex Baker
Eurycles Salisb. ex Schult. & Schult.f.
Ismene Salisb. ex Herb.

Lorsque la délimitation d'un taxon est modifiée de manière importante (sans exclure le type) elle peut être mentionnée en faisant suivre le nom inchangé de « emendavit » (emend.), suivi de l'auteur de la modification, ou d'autres expressions par exemple « pro parte » (p.p.) Etc. (Art. 47)