Narkissos - Narcissus - Narcisse

Amaryllidaceae
Avril 2005

Du Narkissos de la mythologie antique
au moderne mythe de Narcisse.

La recherche de l'étymologie du mot narcisse conduit à se plonger dans la mythologie grecque et dans la chronologie de l'histoire grecque et crétoise où elle prend ses racines.

La plus ancienne attestation du mot narkissos est dans l'Hymne à Déméter de l'époque homérique.

Narcissus, le si célèbre personnage du poète latin Ovide, a eu de nombreuses sources et variantes dans l'antiquité.

Dans notre monde moderne Narcisse reste vivant dans l'Art et la Psychanalyse.

Quel était cependant le symbolisme du narcisse dans l'antiquité ? (et aujourd'hui ?)

J.J. Grandville - Fleurs animées, 1867 - Narcissa.
J.J. Grandville - Fleurs animées, 1867 - Narcissa.

Etymologie

Narcisse

S'il est fort aisé de remonter de narcisse au latin narcissus et au grec narkissos [Hymne Homérique à Déméter], remonter davantage le temps est encore hasardeux.

On évoque devant la terminaison -issos un emprunt, notamment au crétois:

"issos, comme inthos, est une terminaison crétoise et Narcisse et Hyacinthos semblent avoir été des noms de héros de fleurs de printemps crétois dont la déesse pleure la mort, sur l'anneau d'or trouvé à l'Acropole de Mycènes."

[Robert Graves, 1967. Les mythes grecs. Paris, Fayard. 2 vol. 428 + 446 p. (Coll. Pluriel)]

Une explication faisant dériver narkissos du grec narke (torpeur) a été rapportée par Pline [Narce narcissum dictum, non a fabuloso puero : Livre XXI, 75/128?] puis Plutarque [Moralia, 647 b]. C'est une "étymologie populaire" qui est malheureusement aujourd'hui fort répandue. Elle est, de surcroît, basée sur une propriété supposée et répétée mais non confirmée de la plante.

Jonquille

NB.: Le mot s'applique aux narcisses à feuilles de jonc de la section Jonquillae, mais dans le langage courant désigne souvent le "faux-narcisse".

"d'abord sous la forme altérée iouquille (de 1596 à 1628), puis ionquille en 1660, est emprunté à l'espagnol junquillo (...), dérivé diminutif de junco, correspondant au français jonc, de même origine..."

[Alain REY, Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert éd., 1994. (T.1, p.1074)]

Daffodil

C'est la version anglaise du "faux-narcisse"

Une étymologie fait dériver daffodil de "asphodel"

Une autre hypothèse (à confirmer) fait dériver daffodyl de d affo dyle. Affo dyle désignant (une plante) précoce, tandis que d correspondrait à l'élision polie de bastard dont on ne prononçait que la liaison.

Repères chronologiques

-XVIIPrédominance de la civilisation Minoenne, seconds palais -1700 à -1450
-XVI
-XV-1450 destruction de la plupart des seconds palais crétois.
-XIV-1400 à -1200 Civilisation mycénienne prédominante. Ecriture syllabique "linéaire B" en Crète.
-XIIIfin XIII: Destruction des palais mycéniens. Environ -1200 : "guerre de Troie"
-XII
-XI
-X
-IX
-VIIIAlphabet grec, dérivé du phénicien. - Vie supposée d'Homère
-VII
-VIEcriture définitive du texte d'Homère
-VSocrate (-470 à -399)
-IVPlaton (-428 à -348), Aristote (-384 à -322), Théophraste (environ -372 à -287)
-III
-IILa Grèce devient province romaine (-146)
-IDiodore de Sicile (-90 à -20), Ovide (-43 à +17)
+IPline le jeune, Dioscoride, Pausanias (50 à 125)
+IIPlutarque
+III

Temps Homériques - Mythologie et rites - Narkissos

Transmises et enjolivées par la tradition orale depuis des temps reculés, les histoires, légendes et croyances, héritages de civilisations oubliées, se verront recomposées (" Homère " et divers auteurs souvent anonymes), écrites et ainsi transmises aux générations ultérieures jusqu'à nous.

Parmi ces textes, l'Hymne Homérique à Déméter nous conte le détail de l'enlèvement de Korè ou Perséphone, avec un narcisse piège. [C'est à ma connaissance la plus ancienne mention du narcisse (narkissos).]

Hymne Homérique à Déméter

Déméter, la " mère-terre ", ou " mère de l'orge " selon une autre étymologie, déesse de la fécondité et des moissons, est héritée d'une ancienne civilisation grecque, de même que son hymne " homérique " qui était chantée chaque année en son honneur lors des Mystères d'Eleusis.

Déméter chérissait sa fille Perséphone (appelée au début "Korè", littéralement "jeune fille") qu'elle avait de Zeus (fort infidèle mari de Héra !).
Zeus (devinant le refus de Déméter) l'avait secrètement promise à son frère Hadès dieu du royaume souterrain des morts. Selon les plans de Zeus et avec la complicité de Gaïa qui fera pousser un attractif et fatal narcisse, Hadès enlève Korè [1-39].

La jeune fille se promenait dans la prairie avec ses amies, jouant et cueillant des fleurs.
Elle vit un narcisse :

... the narcissus which Earth made to grow at the will of Zeus and to please the Host of Many, to be a snare for the bloom-like girl -- a marvellous, radiant flower. It was a thing of awe whether for deathless gods or mortal men to see: from its root grew a hundred blooms and it smelled most sweetly, so that all wide heaven above and the whole earth and the sea's salt swell laughed for joy.

(à défaut du texte grec) Traduction : Hugh G. Evelyn-White 1914 http://users.erols.com/nbeach/demeter.html
Autre traduction anglaise : Gregory Nagy 2000 http://www.stoa.org/diotima/anthology/demeter.shtml

Il était merveilleux dans sa splendeur
C'était un spectacle sacré pour les dieux comme pour les mortels
De sa racine poussait une centaine de fleurs
Son suave parfum embaumait tout le ciel au-dessus
Et au-dessous la terre entière, et la mer houleuse, souriaient de joie
.

Elle se dirige vers lui pour le cueillir, s'éloignant de ses amies.
C'est alors que la terre s'ouvre sous ses pas et que Hadès surgit et l'enlève sur son char, disparaissant sous terre sans autre témoin que le soleil.
La jeune fille (Korè) mangera les graines de grenades devenant ainsi l'épouse de Hadès (Perséphone).

Déméter erra à la recherche de sa fille. Hélios le dieu soleil qui voit tout lui apprendra l'enlèvement.
Furieuse et dans son chagrin elle en délaisse ses occupations et rend la terre stérile.
Pas de récolte pour les humains, donc pas d'offrandes pour les dieux...
Zeus dut alors intervenir auprès de Déméter et de Hadès pour imposer un compromis :
Perséphone vivrait une partie de l'année avec sa mère et retournerait avec son époux chaque automne.
d'où une alternance de périodes fécondes et stériles, origine du cycle des saisons, des semailles et des récoltes.

Déméter, déesse des moisons, est fêtée chaque automne. Ce sont les fameux Mystères d'Eleusis.

Comment interpréter ce narcisse et cette hymne ?

1) - interprétation botanique:

Ce narcisse évoque, avec ses nombreuses fleurs parfumées, une espèce de la section Tazettae. Diodore de Sicile (beaucoup plus tard!) situera la scène dans une vallée humide de Sicile. Une autre hypothèse donne une origine crétoise à Déméter et à l'hymne. Narcissus tazetta ssp tazetta est donc possible, on ne peut cependant exclure un Pancratium, plante parfumée représentée sur les fresques Crétoises. Mais peut-être ce "narcisse" surnaturel et allégorique n'est-il pas fidèle à son modèle naturel.

2) - interprétations ethnologiques :

- Korè disparaît pour revivre sous le nom de Perséphone. Deux noms, deux vies séparées par un enlèvement mort/mariage. C'est assez pour évoquer un rite de passage initiatique: la jeune fille est morte, la femme mariée est née.

De même que le mariage est une mort (aujourd'hui encore on "enterre" sa vie de garçon ou de jeune-fille) suivie d'une résurrection, le décès est suivi d'une autre vie.

- Le mariage étant le principal but de la vie de la femme athénienne, lorsque qu'une jeune fille célibataire décède, le rituel funèbre comporte des éléments du rituel du mariage et la jeune fille est alors considérée mariée à Hades. C'est ce qui arrive ici à Korè/Perséphone.

NB : Le narcisse est probablement employé ici comme symbole de résurrection (c'est mon hypothèse). Il double, renforce ou confirme l'énoncé que la jeune morte est vivante, épouse du dieu des morts.

Voir : Marriage and Funeral Rites in Classical Athens http://www.perseus.tufts.edu/classes/JSp.html

[Perséphone-Hadès n'est pas un couple normal pour la Grèce antique et fait donc un mauvais modèle: Comment expliquer que la fille de la déesse de la fécondité n'a pas eu de descendance ?]

3) - interprétation psychanalytique:

Des psychanalystes ont proposé Perséphone comme modèle d'un "complexe de Perséphone", équivalent féminin du complexe d'Oedipe.

Voir : http://www.psychoanalysis.net/Japa_Psa-NETCAST/kulishandholtzma.html

Reprise ultérieure du thème

Ovide [Métamorphoses V]

Ovide reprendra le thème de l'enlèvement de Perséphone (Proserpine) par Hades (Pluton). Le narcisse est ici absent.

Des oeuvres d'art s'en sont inspirées.

Voir : http://www.educnet.education.fr/louvre/rapt/v-pros.htm

Antiquité - Auteurs et poètes antiques - Narcissus.

Le thème de narcisse a été de nombreuses fois répété et recomposé dans l'antiquité.

Voici quelques bribes des sources dont s'est inspiré Ovide pour composer ses personnages, Echo et Narcisse.

Sources grecques

Echo (légende grecque reprise et modifiée dans le mythe de Narcisse)

Echo est une très belle nymphe chantant divinement et jouant avec art de nombreux instruments.
Elle vie au fond des bois et refuse l'amour de tous les dieux et mortels.
Elle s'est ainsi attirée la haine et la colère de beaucoup, y compris du dieu Pan dont elle rejeta l'amour.
Pan conduisit ses serviteurs les bergers à tuer Echo et à en disperser les morceaux.
Gaïa, la déesse terre, recueillit les morceaux en son sein et ainsi Echo, dispersée autour du monde, conserve sa voix et son don à répondre à tous et à imiter tous les sons.

Traduction anglaise : http://www.thanasis.com/echo.htm

Nemises ("légende grecque", erreure sur le nom ? Source à contrôler)

Le jeune et beau Nemises aime tant son propre reflet dans le ruisseau qu'il y glisse et s'y noie.
Quand Echo éplorée et les Nymphes préparent l'urne funéraire pour le jeune bien-aimé le corps disparaît. Il est métamorphosé en une fleur de narcisse.

Citation anglaise : www.folklegend.com/article1003.html

Conon [Narrations 24]

Ameinius, jeune homme rejeté, se tue d'une épée sur le seuil de Narcisse, invoquant la vengeance des dieux. Sur l'intervention d'Artémis Narcisse tombe amoureux de son image dans l'eau. Il se suicidera de la même épée. De son sang répandu naîtront des narcisses.

Variantes

Plus habituellement fils de la nymphe Liriope violée par le dieu-rivière Césiphe, Narcisse est parfois donné pour fils de Selene et Endymion.

Chercher la version de Philostratus (-3, -2e siècle)

Ovide, les métamorphoses III 339-510

Les Latins ont conquis la Grèce et fait leur sa culture. Sans faire oeuvre d'ethnographe mais comme auteurs, ils nous content à nouveau la Grèce antique, intégrant et adaptant à leurs récits des bribes glanées ça et là dans l'héritage grec.

Publius ovidius naso (env. - 43 à + 17) a d'abord écrit " l'art d'aimer ", oeuvre gentiment érotique. Cet érotisme n'est pas absent de son 3ème livre des métamorphoses et de l'histoire de Narcisse ! (Cf le dialogue Narcisse - Écho.) Le " narcissisme " pourrait bien aussi avoir sa place ici au titre de thème érotique.

Naissance de Narcisse [339-346]

Ille per Aonias fama celeberrimus urbes
inreprehensa dabat populo responsa petenti;
prima fide vocisque ratae temptamina sumpsit
caerula Liriope, quam quondam flumine curvo
inplicuit clausaeque suis Cephisos in undis
vim tulit: enixa est utero pulcherrima pleno
infantem nymphe, iam tunc qui posset amari,
Narcissumque vocat...

Tirésias, dont la célébrité s'était répandue à travers les villes d'Aonie,
donnait au peuple qui le consultait des réponses infaillibles.
La première qui fit l'expérience de sa véracité et vit se confirmer ses dires
fut Liriopé, la nymphe azurée, que jadis le Céphise enlaça
dans les replis de son cours
et qu'une fois prisonnière de ses eaux, il violenta.
Merveilleusement belle, elle devint grosse et mit au monde un enfant capable,
dès sa naissance, d'être aimé des nymphes,
et lui donne le nom de Narcisse.

Traduction française : http://agora.unige.ch/ctie/vd/narcisses/ovide.htm

Mort de Narcisse [499-510]

ultima vox solitam fuit haec spectantis in undam:
'heu frustra dilecte puer!' totidemque remisit
verba locus, dictoque vale 'vale' inquit et Echo.
ille caput viridi fessum submisit in herba,
lumina mors clausit domini mirantia formam:
tum quoque se, postquam est inferna sede receptus,
in Stygia spectabat aqua. planxere sorores
naides et sectos fratri posuere capillos,
planxerunt dryades; plangentibus adsonat Echo.
iamque rogum quassasque faces feretrumque parabant:
nusquam corpus erat; croceum pro corpore florem
inveniunt foliis medium cingentibus albis.

La dernière parole de Narcisse, les yeux plongés dans cette eau devenue familière, fut :
" Hélas! enfant chéri, mon vain amour ! " et le site en renvoya tous les mots.
Et, quand il dit : " Adieu! " - " Adieu! " dit aussi Echo.
Puis il posa sa tête fatiguée sur l'herbe verte,
et la nuit ferma ces yeux emplis d'admiration pour la beauté de leur maître.
Et, même quand il eut été reçu dans l'infernal séjour,
il se contemplait encore dans l'eau du Styx. Ses sœurs
les Naïades firent retentir leurs pleurs et déposèrent sur la tombe de leur frère leurs cheveux coupés.
Les Dryades le pleurèrent aussi. Le son de ces pleurs est redoublé par Echo.
Et déjà elles préparaient le bûcher, les torches que l'on secoue, la civière;
mais le corps avait disparu. A sa place, elles trouvent une fleur jaune safran
dont le cœur est entouré de feuilles blanches.

Variantes tardives

Pausanias [Description de la Grèce: livre 9, chapitre 31, section 8]

Narcisse avait une sœur jumelle qui lui ressemblait en tous points. Ils s'habillaient de même et chassaient ensemble. Ils s'aimaient. Il perdit sa sœur. Son image dans l'eau lui rappela sa jumelle et il pensa trouver une consolation à son chagrin en imaginant y voir l'image de sa sœur. Mais il ne put alors plus la quitter et mourut à ses cotés.

NB : La "sœur" peut aussi symboliser la fiancée.

Chercher les versions de Ausonius (~310-~395) et Nonnus (Ve siècle)

Divers

Narcisse comme nom de personnes

Le faible empereur Claude laissa les rênes du pouvoir à sa femme Messaline et à ses affranchis Pallas et Narcisse. Rôle dans l'expédition en (grande) Bretagne (+43), dans l'exécution de Messaline (+48)...

En 192 le détestable empereur Commode, victime d'une tentative d'empoisonnement par sa concubine Marcia, fut achevé par l'athlète Narcisse qui l'étrangla. Narcisse fut condamné aux lions par l'empereur Severe.

Saint Narcisse :
- Évêque de Jérusalem (II-IIIe siècle) fêté le 29 octobre: http://magnificat.qc.ca/cal/fran/10-29.htm
- Saint Narcisse apôtre d'Augsbourg fêté le 5 août.
- 18 mars. - 13 août.

Epoque historique - Mythe moderne - Narcisse.

Pourquoi "mythe moderne" ? N'est-ce pas simplement la persistance de l'héritage ?
Non, car les contenus antique et moderne diffèrent sensiblement.

Juste un point, en exemple:
- Dans le mythe moderne Narcisse est puni parce qu'il est amoureux de lui.
Sa punition est la mort : ne le dit-on pas noyé parce qu'amoureux de lui ?
- Dans Ovide, comme dans Conon, Narcisse est puni de s'être refusé et d'avoir par là fait souffrir.
Il est amoureux de lui mais cela est la punition. En effet, les amants éconduis, réclamant vengeance, invoquent les dieux qui punissent alors Narcisse en lui promettant un amour sans réciproque...
On notera que Narcisse ayant rejeté Echo handicapée qui ne lui renvoyait qu'un écho (reflet) de sa voix, est puni en étant obligé d'aimer, malgré tout, son reflet (écho) dans la solitude.

Pourquoi cette infidélité au mythe antique si ce n'est pour créer un mythe nouveau, plus pertinent dans notre civilisation ?

L'image de Narcisse penché sur son reflet, qui est finalement tout ce que nous retenons du mythe, est-elle notre image, notre propre reflet ?
Pourquoi, sinon, cette image aurait-elle tant d'importance qu'elle est un des thèmes majeurs de l'art depuis vingt siècles ?

Narcisse comme source d'inspiration artistique

Antiquité

De nombreuses fresques de Pompéi sont en relation avec des œuvres littéraires de l'époque, telles les Métamorphoses d'Ovide. C'est pourquoi Narcisse y est si abondamment illustrées.

Maison de D. Octavius Quarto (ou: Loreius Tiburtinus) : Narcissus. www.vroma.org/images/bonvallet_images/bonvallet1-8.jpg (page)
http://wings.buffalo.edu/AandL/Maecenas/italy_except_rome_and_sicily/pompeii/ac881711.html

Maison de Marcus Lucretius Fronto : Narcissus. www.androphile.org/preview/Museum/Rome/NarcissusPompeiA.htm
Narcissus. http://mr_sedivy.tripod.com/pompeii_9.html

Narcissus, Echo et Eros www.androphile.org/preview/Museum/Rome/Narcissus2.htm

www.personal.psu.edu/users/m/c/mcw155/narc6.htm

http://museos.desdeinter.net/w66g07.jpg // http://museos.desdeinter.net/w66f13.jpg (page)

Moyen-age

XIIe siècle - Anonyme : Le Lai de Narcisse.

Bernart de Ventadour (1125-1200) : Quan vei la lauseta mover
http://membres.lycos.fr/chamboliva/trobadors.html ; www.trobar.org/troubadours/bernart_de_ventadorn/beven31.php

Jamais je n'eus sur moi de pouvoir
Ni ne fus moi-même depuis
Qu'Elle me laissait dans ses yeux voir
Dans un miroir qui me plait beaucoup.  
Miroir, depuis que je me mirais en toi
M'ont tué les soupirs profonds
Et je me perds comme se perdit
Le beau Narcisse à la source.
Anc non agui de me poder
Ni non fiu meu de l'or'ençai
Que'm laisset en sos uelhs veser
En un miralh que molt me plai
Miralh, puie me mirei en te
M'an mòrt li sospirs de priond
Qu'aissi perdei com'perdet se
Lo bel Narcissus en la font.

fin XIIe siècle - Le roman d'Alexandre.

v. 1235 - Guillaume de Lorris : Le Roman de la Rose

Voir les vers 1600 et suivant : [...C'est pour mon malheur que je m'y suis miré...]
[... Dans le miroir, entre mille autres choses, j'aperçus des rosiers chargés de roses ... ]
Miniature du manuscrit M 454 du Roman de la Rose (Lausanne, BCU/Dorigny) (page)

fin XIVe siècle - Magister Franciscus : De Narcissus (Ballade)
[fichiers midi : http://maucamedus.net/midi-index-e.html, autre présentation] Biblio

: Pages sonores. Conseil : [clic droit] + [nouvelle fenêtre]
Renaissance

1510/1520 - Sienese (plat) : Narcisse regardant son reflet dans une fontaine. www.nga.gov/collection/gallery/itacer/itacer-1481.0.html

1573-1610 - Caravaggio : Narcissus. http://cgfa.sunsite.dk/caravagg/p-carava14.htm

1602-1634 - Johannes Moreelse : Narcisse. www.galleryvpitchal.com/Expo/moreelseF.html

1627/28 - Nicolas Poussin : Echo et Narcissus [~ 1650] www.ac-rouen.fr/pedagogie/equipes/lettres/louvre/balzac/images/poussin/pous052.html
Nicolas Poussin : Narcisse http://homepage.mac.com/cparada/GML/Echo.html

1633-1641 - Germain Habert, dit Cérisy : Le Narcisse. (La guirlande de Julie)

1633-1641 - Philippe Habert : Le Narcisse. (La guirlande de Julie)

1634 - Charles de Montausier : Le Narcisse. (La guirlande de Julie)

1644 - Claude Gellée dit le Lorrain : Paysage avec Narcisse et Echo www.nationalgallery.org.uk/WebMedia/Images/19/NG19/eNG19.jpg *

François Tristan L'Hermite (1601-1655) : Sur un Narcisse de marbre (poème)

James Shirley (1596 -1666) : Narcissus (poème) [1646]

XVIIIe siècle

1710 - (Tapisserie de Bruxelle) : Narcisse à la fontaine. www.edithwharton.org/tapestries.html

François Lemoyne (1688-1728) : Narcisse amoureux de son image [1728] http://homepage.mac.com/cparada/GML/Narcissus.html *

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) : Narcisse ou l'Amant de lui-même (Comédie) [1753] - texte

Christoph Willibald Gluck (1714-1787), Livret de Ludwig Theodor von Tschudi : Echo et Narcisse (opéra) [1779/80] - Livret - encarta.msn.com

Charles-Louis de Malfilâtre (1733-1767) : Narcisse dans l'île de Vénus (poème)

XIXe siècle

Karl Brulloff : Narcissus [1819] www.abcgallery.com/B/briullov/briullov6.html

Daumier : Le Beau Narcisse (lithographie) [1842] (page)

J.J. Grandville : Fleurs animées - Narcissa [1847] (gravure de la 2e edition de 1867 en haut de page)

Friedrich Wieseler : Narkissos. Eine kunstmythologische Abhandlung nebst einem Anhang über die Narcissen und ihre Beziehung im Leben, Mythos und Cultus der Griechen. Göttingen (1856)

Paul Dubois (1829-1905) : Narcisse contemplant son reflet (sculture) [~1862-67] www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000049559.html http://homepage.mac.com/cparada/GML/000Images/nim/narcissus5009 (page)

Gustave Moreau (1826-1898) : Narcissus www.androphile.org/preview/Museum/Europe/Narcissus_2A.htm

Jules Massenet (1842-1912), poème de Paul Collin : Narcisse [1877]

Johannes Brahms (1833-1897): Narcisse / 3e Symphonie

Joseph Conrad (1857- ?) : Le nègre de Narcisse

Ethelbert Nevin (1862-1901), poème de P. C. Warren. : Narcissus (piano et chant)

Henri de Régnier (1864-1936) : L'allusion à Narcisse (poème)

Paul Valéry (1871-1945) : Narcisse parle [1890]

André Gide (1869-1951) : Le Traité du Narcisse [1891]

XXe siècle

John William Waterhouse : Echo et Narcisse [1903] www.jwwaterhouse.com/view.cfm?recordid=16
J. W. Waterhouse : Narcissus [1912] www.jwwaterhouse.com/view.cfm?recordid=34

Tcherepnin : Narcisse et Echo (ballet) [1911]

Karol Szymanowski (1882-1937) : Narcisse (Opus 30, No. 2) [1921]

Hermann Hesse (1877-1962) : Narcisse et Goldmund (roman) [1930]

José Lezama Lima (1910-1976) : Muerte de Narciso (poème) [1937]

Salvador Dali : La métamorphose de Narcisse [1937]

Germaine Tailleferre (1892-1983), texte de Paul Valéry (1871-1945) : Cantate du Narcisse [1938]

Louis Lavelle (1883-1951) : L'erreur de Narcisse (Paris, Grasset) [1939]

Benjamin Britten (1913-1976) : Narcissus (Opus 49, six métamorphoses d'après Ovide) [1951]
Benjamin Britten : The Death of Saint Narcissus (Opus 89) [1974]

Geoffrey Bush (1920-) : Echo's Lament for Narcissus (chant)

David John Mega : Echo et Narcisse (sculpture). www.meganationalgallery.com/statue1b.htm

Hubert Haddad (1947-) : Le Testament de Narcisse (roman)

Jean-Bernard Dartigolles (1949-) : Fragments du Narcisse (concerto pour alto) [1979]

Jean-Marc Charron : De Narcisse à Jésus, la quête de l'identité chez François d'Assise [1992]

Beat Furrer (1954-) : Narcissus (Opera) [1994]

Takis Théodoropoulos (1954-) : La Chute de Narcisse (roman) [1995]

Denis Levaillant (1952-) : Echo de Narcisse (Concerto pour piano et orchestre) [1995-1996]  2,7 Mo

Thomas Sandoz (1967-) : Narcisse ou l'épidémie du croire (conte musical) [1996]

Voir aussi :
Oxford Guide to Classical Mythology in the Arts, 1300-1990s http://ccat.sas.upenn.edu/bmcr/1994/94.09.17.html
Narcissus in Art www.halcyon.com/jmashmun/npd/art.html

Narcisse sur le divan

(NB.: Le mot " narcissism " existe en anglais dés 1822.)

"Narcisse se fait voir et boucle son mouvement sur lui-même à travers l'eau de la source, sa mère." http://auriol.free.fr/clefsons/ClefDesSons/psychanaly.htm

Critiques d'une interprétation psychanalytique (humour noir) :
1) Narcisse se mire dans l'eau d'une source. Il s'y regarde mais voit son PERE!
Il voit doublement son père : l'eau ET l'image de l'héritier.
L'eau de la source est de même nature que l'eau du fleuve Céphise, son père, qui violenta sa mère...
2) Les psychanalystes de Narcisse ne semble pas avoir compris pourquoi, fruit d'un viol, il se refuse (à Echo...) et se laisse mourir !

(à suivre)

Symbolisme des Narcisses

Quelques uns des symbolismes du narcisse au cours des temps:

 

Quels points communs à l'hymne à Déméter et au mythe de Narcisse peuvent nous renseigner sur la symbolique du narcisse dans l'antiquité grecque ?

Dans chaque cas la fleur est associée à un décès. On peut ainsi proposer un symbole funéraire, ou, c'est actuellement mon hypothèse, un symbole de renaissance. Les deux mythes évoquent en effet, d'une certaine façon, une autre vie : Korè devient l'épouse du dieu des morts sous le nom de Perséphone, tandis que Narcisse continue de se mirer dans l'eau du Styx.

"Le mythe du jeune Narcisse est sans doute funéraire ; il s'admirait dans l'eau d'une source et il fut changé en fleur. Sa fleur servit ensuite à couronner la tête des morts, des Furies, des Parques, de Pluton, de Dyonisios."

[Angelo de Gubernatis, 1878-82. La mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal. Reprint CME/SNHF 1996. 295+376 p. (II page 236)]

Comment donc le narcisse aurait-il pu devenir un symbole funèbre ou de résurrection ? Le bulbe, étant souterrain, demeure dans le royaume des morts mais chaque printemps, fleurissant, il renaît.

 

"Dans un chant de noces de l'île de Crète, on compare le fiancé au cyprès, et la fiancée au narcisse parfumé."

[Ibid. (II page 115)]

Est-ce par hasard que le cyprès, arbre toujours vert et symbole de vie éternelle, fait ici le pendant au narcisse, symbole présumé de résurrection ? Ce cyprès et ce narcisse pourraient bien avoir un double sens et ne pas être seulement allusifs.

Le narcisse parfumé de la citation ci-dessus, symbolisant la féminité, n'est pas sans rappeler quelque interprétation du mythe de narcisse :

"C'est une plante ... dont la forme avec son périanthe jaune soudé (phallique) et sa couronne blanche épanouie (vulvaire) suggère l'union impossible d'un s'exe hermaphrodite avec lui-même..."

http://auriol.free.fr/clefsons/ClefDesSons/echo.htm

[Note botanique : un tel Narcissus n'existe pas, c'est une chimère mi Narcissus poeticus (périanthe blanc étalé) mi N. pseudonarcissus (longue couronne jaune).]

à suivre...

Quant à la signification du narcisse dans le moderne langage des fleurs, elle est directement inspirée de l'interprétation moderne du mythe de Narcisse...