Le Perce-neige
Le mot perce-neige est entré en littérature en 1641 avec la fameuse Guirlande de Julie.
Le mot désignait alors aussi bien les nivéoles (Leucojum) que les perce-neige d'aujourd'hui (Galanthus).
D'un autre coté, ces fleurs avaient d'autres noms français.
Le succès de ce recueil de poésie a vraisemblablement fait le succès du mot perce-neige :
Celui-ci s'impose sur ses synonymes, dans la littérature comme dans l'usage courant.
Ainsi, les nivéoles de Quintigny (Jura) deviennent perce-neige dans le poème de GINDRE DE MANCY.
XVIIe siècle : FRANEAU 1616 ; BRIOTE 1641 ; HABERT 1641 ; BROUAULT 1660 ; CHAPELAIN 1668.
XVIIIe siècle :
XIXe siècle : DAUBERT 1808 ; MOLLEVAUT 1821 ; DEBRAUX 1828 ;
MAURICE 1835 ; Marie NODIER 1836 ; GINDRE DE MANCY 1836 ;
BARATEAU 1840 ; PETIT-SENN 1846 ; SPINELLI 1864 ; FÉRET 1867 ;
SANDRAS 1872 ; GERMAIN-LACOUR 1885 ; ROUVIN ;
LEGENDRE 1886 ; CROS 1908 ; BARAT 1892 ;
BEAUCHEMIN 1897 + 1928 ; BERTOUT 1898.
XXe siècle : DESNOS ; VIGÉE 1936.
PYTHAGORE
Citation donnée par le "Dictionnaire universel de la langue française, avec le latin et l'étymologie" de Pierre Claude Victoire Boiste,
1843, 11e éd. [bg]
NB : La 7e éd. de 1828 écrit "lui doit son prix" [bg]
- Connais le prix des circonstances ;
- La perce-neige lui doit son charme.
XVIIe siècle
Jean FRANEAU
1616. Jardin d'hyver ou Cabinet des fleurs contenant en XXVI elegies les plus rares et signalez Fleurons des plus fleurissans parterres. Illustré d'excellentes figures... Douay. [bg]
- Narcisses
- Elegie X
- ...
- Les Treffeulles . 9 .
-
- Les Narcisses bastards treffeulle la portière,
- Qui, ouvre aprés l'Hyver la porte de sa mere,
- Avec la tendre clef d'un bouton tendrelet,
- Sortant de son estuy un Fleuron tout douillet,
- Qui porte seulement pour tout son équipage
- Deux fueilles de verdure, & iamais d'avantage.
- Mais la Fleur en a trois, plus blanches que le laict
- Et son petit fueillage au milieu plus parfaict
- Taille trois petits cœurs en petites fueillettes :
- Ainsi par deux fois trois se forment ces fleurettes.
- Ie ne sçay que la blanche, & on dict toutesfois,
- On dict que maintenant apportent les François
- Une espece de iaune, elle est extraordinaire,
- Plus belle elle sera pour n'estre si vulgaire.

BRIOTE ou BENSERADE ?
1641 (Manuscrit). La guirlande de julie (Recueil de poèmes de plusieurs auteurs.)
- Isaac de BENSERADE (1613-1691) selon "Les oeuvres de Monsieur de Bensserade" publié en 1697.
- M. de BRIOTE selon La vie de Monsieur le Duc de Montaussier" publiée en 1729.
- La Perceneige. (Madrigal)
-
- Sous un voile d'argent la Terre ensevelie
- Me produit malgré sa fraîcheur :
- La Neige conserve ma vie,
- Et me donnant son nom me donne sa blancheur :
- Mais celle de ton Sein, nonpareille Julie,
- Me fait perdre aujourd'hui le prix
- que je ne cède pas au Lys.
Henri-Louis HABERT de Montmor (1603-1679)
1641. La guirlande de julie.
- La Perceneige. (Madrigal)
-
- Fille du bel Astre du jour,
- Je nays de sa seule lumiere,
- Alors que sans chaleur, à son nouveau retour,
- Des mois il ouvre la Carriere.
- Je vis pure, et dans la froideur ;
- Et mon teint, qui la Neige efface
- Conserve son éclat dans l'extreme rigueur
- De l'hyver couronné de glace.
- Fleurs peintes d'un riche dessein
- Que le chaud du Soleil fait naistre,
- Et qui, peu chastement, ouvrez votre beau sein
- Au Pere qui vous donna l'estre ;
- Vous qui sans pudeur aux Zéphirs
- Souffrez découvrir vos richesses,
- Et vous laissant toucher à leurs foibles soupirs,
- Ployez sous leurs molles caresses ;
- Osez-vous, peu modestes Fleurs,
- Prétendre Couronner cette beauté sévère ?
- Et ne craignez-vous point les cruelles froideurs
- Dont elle sait punir une ame temeraire ?
- N'ayez plus cette vanité,
- Puis que seule je dois obtenir l'avantage
- D'orner de son beau chef l'auguste majesté,
- Lors que de tous les coeurs elle reçoit l'hommage,
- Au Throsne de la pureté.
Antoine COUTEL (~1627-1693). Perce-neige.
≥ 1661 (2e éd.1676.) Promenades de messire Antoine Coutel, chevalier seigneur de Monteaux, des Ruez, Fouynais, etc. Alexis Moette, Blois. * *
Jean CHAPELAIN (1595-1674).
1668. Devise de la tapisserie des quatre saisons du palais de Versailles. [bg]
- Le Perce-neige.
-
- Ce n'est qu'aux saisons favorables
- Que l'on voit mes semblables
- Par leur brillant éclat les regards attirer ;
- Pour moi je ne vois point d'assez fort adversaire ;
- C'est dans le temps le plus contraire
- Que je fleuris le plus et me fais admirer !
Mr BROUAULT (Caën).
1670. Recueil des oeuvres qui ont remporté les prix sur le Puy de l'Immaculée Conception de la Vierge. David du Petit Val (Rouen). p.13. [bnf]
- Ballade
- Laquelle a remporté le Prix du Rosier.
-
- La Perceneige.
-
- Quittez vôtre docte Censure,
- Naturalistes curieux,
- Qu'icy vos soins officieux
- Cedent aux loix de la Nature :
- Durant l'inclémence des Cieux,
- Malgré la saison la plus dure,
- Nous voyons regner en ces lieux.
- L'unique Fleur dans la froidure.
-
- Cette Plante que je figure,
- Malgré des vents pernicieux
- Les efforts les plus furieux,
- S'éclost, & paroist toute pure.
- Quoy que l'Aquilon envieux
- Tasche d'effacer sa peinture,
- ll ne peut ravir à nos yeux
- L'unique Fleur dans la froidure.
-
- Par une agréable avanture,
- Ce qui paroist injurieux
- Aux simples les plus précieux
- Luy sert même de nourriture :
- Bien qu'un hyver prodigieux.
- Ait tout dépoüillé de verdure,
- On void dans un port gracieux
- L'unique Fleur dans la froidure.
-
- ALLUSION
-
- Ce froid qui fait aux fleurs injure,
- Nous dépeint le crime odieux
- Où nos Peres ambitieux
- Plongerent leur race future :
- Et le Concept mysterieux,
- Exemt de la moindre soüillure,
- Est par un effet glorieux
- L'unique Fleur dans la froidure.
XVIIIe siècle
Esprit de TOCQUEVILLE (Poète remarqué au palinod de Rouen de 1764 à 1769). La perce-neige.
Ode.
XIXe siècle
Marion DUMERSAN (1780-1849). La perce-neige.
1807. Chanson.
Raguenau de la Chainaye (1777-1856). Editeur de l'almanach poétique La perce-neige (1807-1809).
M. DAUBERT
1808. Nouvel Almanach des Muses, 7e année. Capelle et Renand, Paris. p.59. [bg]
- La perce-neige
-
- Dizain
couronné au palinot de Caen le 8 décembre 1788.
-
- Tandis qu'un voile affreux s'étend sur la nature,
- Et que le souffle des hivers
- Ravit à nos jardins leur charme et leur parure,
- Et du chantre des bois interrompt les concerts,
- Sans attendre les pleurs de la vermeille Aurore,
- Je vois une éclatante fleur
- Seule briller dans l'empire de Flore,
- Et des frimas repousser la rigueur.
-
- Toi qui sus des enfers triompher de l'orage,
- Vierge, dans cette fleur reconnais ton image.
Charles L. MOLLEVAUT
1821. Cent fables, de quatre vers chacune. Arthus Bertrand, Paris. p.143. [bg]
- Le perce-neige
-
- « Qu'importe des hivers la longue tyrannie !
- Disait un Perce-Neige, éclatant de blancheur ;
- Je brave l'aquilon, les nuits et leur fraîcheur. »
- Qui peut arrêter le génie ?
Paul-Émile DEBRAUX (1796-1831), & Charles LEPAGE (publié par)
1828. Le Momusien, recueil de chansons inédites. Impr. de Sétier (Paris). [bnf]
- Le Perce-Neige
-
- Air : Veille, ma lampe (Béranger)
-
- Que j'aime à voir le Perce-neige !
- Il nous dit que dans peu d'instans
- Des hivers, le triste cortège
- Va se fondre aux feux du printems
- Cette fleur à la voix de flore
- Est enfin prête à scintiller
- Doux rossignols, chantez encore,
- Le Perce-neige va briller !
-
- L'an dernier, la jeune Adrienne
- Mesurant trop peu son essor,
- Sur les fleurs a perdu la sienne...
- La pauvrette, helas ! pleure encor.
- Au printems, ces fleurs gentillettes
- Sont trop promptes à s'effeuiller ;
- Veillez sur vos roses fillettes,
- Le Perce-neige va briller !
-
- Le marbre est plus dur que la mousse,
- Quelque fois il causa la mort :
- Sur les fleurs, la chute est plus douce.
- Et lorsque l'âme est sans remord,
- L'herbe, le gazon, la fleurette,
- Tout semble un si doux oreiller...!
- Dieu ! qu'à bien dormir je m'apprête,
- Le Perce-neige va briller !
-
- Vous dont la blanche mousseline
- Trahissait les jolis contours,
- Dans l'hiver, sous la levantine
- Vous fermez la porte aux amours.
- Du bonheur, douces messagères
- Laissez la pudeur sommeiller,
- Reprenez vos robes légères,
- Le Perce-neige va briller !
-
- Si nos champs privés de leurs charmes
- Vous rappelaient ces jours affreux
- Où la gloire a trahi nos armes...
- Cessez vos soupirs douloureux.
- Témoins de tant d'apothéoses,
- Ces champs, de fleurs, vont s'émailler,
- Et le sang fera place aux roses,
- Le Perce-neige va briller !
-
- Heureux le mortel peu servile
- Qui sait, maître de ses instans,
- Tisonner, l'hiver à la ville,
- Dans les bois courir au printems !
- Toi qu'on nomma si bien Lutèce, *
- Sur mes goûts, dut-on me railler,
- Pour le hameau, je te délaisse,
- Le Perce-neige va briller !
-
- E. D.
-
- * Lutèce signifie ville de boue.
Charles MAURICE (dit Maurice Saint-Aguet)
1835. Le Perce-Neige. {Titre du recueil} Aimé André, Paris. in-8.
Marie NODIER-MENNESSIER (1810-1893)
1836. La Perce-neige. {Titre du recueil} Choix de morceaux de poésie moderne. {Œuvres d'auteurs divers.}
Jean Baptiste GINDRE DE MANCY (1797 - 1872)
1836. Les Deux Bourgognes, Etudes provinciales. Dijon. p.171-173. [bg]
- La Perce-Neige
-
- À Madame Marie MENNESSIER NODIER
-
- Au pied de ces côteaux où de nos monts sublimes
- Par degrés s'abaissant viennent mourir les cîmes ;
- Dans le discret abri du vallon bien-aimé
- Où, par un beau matin du printemps embaumé,
- Ta mère te trouva, tendre fleur fraîche éclose,
- Bel enfant nouveau-né, dans un buisson de rose,
- Où Philomèle aussi venait de se poser,
- Et t'offrit, souriante, au paternel baiser,
- Il est un bois touffu que chérissent les fées ;
- Où, le soir, de pavots, de verveine coiffées,
- Loin de tout œil profane, elles viennent sans bruit
- Danser aux blancs rayons de l'astre de la nuit.
- Là, sous leurs pieds s'étend un fin tapis de mousse,
- L'ombrage est plus épais, la verdure plus douce,
- Et, dans chaque saison, mille joyeuses fleurs,
- Y mêlant leurs parfums, y joignant leurs couleurs,
- Forment de cet enclos un gracieux parterre,
- Les délices du ciel et l'amour de la terre.
- Là, dès que Février voit sourire un beau jour,
- Sylphides et Follets au fortuné séjour
- Reviennent empressés, et, sous leur tiède haleine,
- Du milieu des frimas qui blanchissent la plaine,
- Soudain la Perce-Neige offre à l'œil étonné
- Son calice de miel et son front couronné.
- Là, le chantre, l'ami, le confident des fées,
- Ton père, qui leur doit ses plus brillants trophées,
- De son cher Quintigny, par un secret chemin,
- Toute petite encor, te menait par la main,
- Admirer avec lui la naissante merveille ;
- Et, sur le frais calice et sur l'enfant vermeille
- Son regard attendri se portant tour à tour,
- Il confondait, ému d'un indicible amour,
- La fleur de tes beaux ans, celle de la prairie,
- Le printemps de l'année et celui de Marie ;
- Doux rêve, qui du moins lui fut toujours permis !
- Charmant espoir, qui lient tout ce qu'il a promis !
- Mais bientôt le vallon de sa robe de fête
- Se revêtait ; bientôt, pour en orner ta tête,
- Près de la fleur précoce accouraient à la fois
- Les innombrables fleurs des côteaux et des bois,
- Le muguet odorant, la blanche primerose,
- Le bois-joli glacé de sa teinte de rose,
- La renoncule d'or, la pervenche d'azur,
- Et l'humble violette à l'arôme si pur,
- Et tout ce jeune essaim qu'en Avril fait éclore
- Un souffle de la brise, un regard de l'aurore :
- Filles du gai printemps aux reflets diaprés
- Couvrant de leur émail l'émeraude des prés,
- Et dont la fleur d'espoir, la blonde Perce-Neige,
- Précède, en souriant, le suave cortège.
Emile BARATEAU (paroles), L. CLAPISSON (musique). Le Perce-neige.
1840. Recueil de six mélodies en forme de lieder. Publié à Paris chez Mme Lemoine.
John PETIT-SENN {Jean-Antoine PETIT} (1792-1870)
1846. Les perce-neige {Titre du recueil} : poésies. Ch. Gruaz, Genèves. [bg]
- Les perce-neige
-
- Sur la plaine glacée et blanche
- Une petite fleur se penche
- En butte au souffle des autans,
- Et, courageuse messagère,
- Aux yeux ravis de la bergère
- Annonce la verte fougère
- Et les chauds soleils du printemps.
-
- Perce-neige que j'ai choisies
- Pour donner à mes poésies
- Votre nom issu des hivers,
- Ainsi qu'elles vous êtes nées
- Dans de monotones journées
- Où les cieux sont froids et couverts.
-
- Sous vos auspices je publie,
- De ma Muse, hélas ! affaiblie,
- Ces filles aux pas chancelants,
- Sombres et plaintives pensées,
- Pâles fleurs comme vous glacées,
- Ecloses sous mes cheveux blancs.
L. DASTOIN
≤ 1847. Les Perce-neige, trois polkas nouvelles pour piano. Au Comptoir des compositeurs, rue des Maçons-Sorb., 11.
Xavier MARMIER (1808-1892) (traducteur)
1854. Les perce-neige : nouvelles du nord. {Titre du recueil de nouvelles} Paris, Garnier Frères. [bg]
Antonio SPINELLI
1864. Ce que disent les fleurs, sonnets. E. Dentu (Paris). p.43-44. [bg] ; 2e éd. [bnf]
- Le Perce-Neige
-
- Quoi ! toujours le sombre cortège
- Du morne et rude hiver, hélas !
- Toujours un ciel terne, un jour bas
- Que le brouillard encore abrège.
-
- Sur mon front, que rien ne protège,
- Toujours du givre, du verglas ;
- Toujours des glaçons, des frimas ;
- Encore et toujours de la neige !
-
- Qu'importe! mes pétales blancs,
- Qui s'épanouissent, tremblants,
- Aux pâles aubes indécises,
-
- Consolent les cœurs pleins d'amour ;
- Car ils annoncent le retour
- Du soleil et des tièdes brises.
A. FÉRET
1867. Revue de la Normandie. Cagniard, Rouen. T.7 p.50 [bnf]
- La Perce-Neige
-
- Pauvre perce-neige oubliée,
- Qui fleuris au sein des frimas,
- Toi qui marques le premier pas
- De Flore à peine réveillée.
- Sous la triste loi des Autans
- Quel destin cruel te fait naître ?
- N'écloras-tu que pour connaître
- L'hiver et jamais le printemps.
-
- Sous le souffle glacé d'Eole,
- Pourquoi te hâter de t'ouvrir ?
- Aux tendres baisers du zéphir
- Pourquoi dérober ta corolle ?
- Faut-il pour des instants si courts,
- Quand ta blanche fleur se nuance
- Du vert si doux de l'espérance,
- Te flétrir avant les beaux jours ?
-
- Ta fleur, si fraîche et si naïve,
- On l'exile de nos jardins.
- Console-toi de ces dédains :
- La main de Dieu seul te cultive.
- Si tu n'as les vives couleurs,
- Ni le doux parfum de la rose,
- N'as-tu pas l'honneur d'être éclose
- Au moins la première des fleurs ?
Marie SANDRAS
1872. Les noix dorées de l'arbre de Noël. Grassart (Paris) p.68-69. [bnf]
- Les Perce-Neige
-
- Tu es ma retraite et tu me garantiras de la détresse (Ps. XXXII v.7).
-
- La terre a revêtu son blanc manteau de neige.
- Et l'arbre trop chargé sent ployer ses rameaux ;
- Partout l'hiver, partout son étrange cortège
- De plaisirs pour les uns, pour les autres de maux.
-
- La-bas, d'un humble toit la fumée est absente.
- Le foyer est sans feu, mais non sans habitant.
- Un vert rideau de serge abrite une mourante
- Qui n'a, dans ses douleurs, pour garde qu'un enfant.
-
- Patient, grave, doux, il console sa mère ;
- L'assiste, la soulève entre ses maigres bras ;
- Puis dans son dénûment, quand il ne sait que faire,
- Il prie avec ferveur, mais il ne pleure pas.
-
- Un juif, un brocanteur revient chaque semaine
- Dans ce sombre réduit faire briller l'argent.
- Pièce à pièce il ravît, et ce n'est pas sans peine,
- A ces murs délabrés leur modeste ornement.
-
- Que reste-t-il encor dans ce pauvre ménage
- Que l'on puisse échanger contre un morceau de pain ?
- Est il un seul débris de l'ancien héritage
- Qui puisse aux malheureux procurer un florin ?
-
- Le vieux juif a tout pris, les lourds chenêts de cuivre,
- Les chandeliers dorés, un tableau peint sur bois,
- Le linge avec l'armoire ! - hélas ! seul le saint Livre
- Jusqu'ici s'est soustrait à ses avides doigts.
-
- Riches sont les fermoirs ; la reliure antique.
- Débris d'un temps prospère, ami dans le malheur,
- Faut-il se séparer de toi, chère relique,
- Qui servis à l'aïeul : pour prier le Seigneur ?
-
- Et l'enfant résigné l'ouvre une fois dernière.
- Il rencontre un verset qui calme son chagrin :
- « Je suis vieux, j'ai passé de longs jours sur la terre,
- Et je ne vis jamais l'homme juste sans pain. »
-
- La malade sommeille... il sort ; dans la vallée
- S'offre a lui du courage un emblème touchant ;
- Une fleur qui, perçant la neige amoncelée,
- Montre à l'hiver surpris sa clochette d'argent.
-
- Il en cueille à foison : dans la ville voisine
- Il en vend chaque jour les bouquets élégants,
- Et rapporte de quoi conjurer la famine,
- De quoi sans trop souffrir attendre le printemps.
Joseph GERMAIN-LACOUR
1885. Avec des rimes. Jouaust. p.32. [bnf]
- Perce-Neige
-
- C'est la triste fleur des hivers
- A l'éclosion douloureuse ;
- Quelques brins se sont entr'ouverts
- Sous la froidure rigoureuse.
-
- Sous la froidure rigoureuse
- Ont poussé les calices verts.
- La corolle est plus savoureuse :
- Elle sert de régal aux vers.
-
- Elle sert de régal aux vers
- Qui jettent leur bave glaireuse :
- Ses pistils en sont recouverts.
- O la pauvre fleur malheureuse !
Joseph GERMAIN-LACOUR
1885. Avec des rimes, p.33.
- Perce-Neige
-
- C'est la triste fleur des hivers.
- Sous la froidure rigoureuse
- Elle sert de régal aux vers.
- O la pauvre fleur malheureuse !
-
- O la pauvre fleur malheureuse!
- Les champs de neige sont couverts ;
- Elle sert de régal aux vers.
-
- Elle sert de régal aux vers ;
- Et la neige est sa prison creuse
- Sous la froidure rigoureuse.
-
- Sous la froidure rigoureuse
- Elle souffre de maux divers.
- C'est la triste fleur des hivers.
-
- Elle souffre de maux divers,
- Et la neige est sa prison creuse...
- Les champs de neige sont couverts.
Charles ROUVIN
Fin 19e siècle. La poésie des fleurs : sonnets. A. Ghio (Paris). p.50. [bnf]
- La Perce-Neige
-
- De joie et de bonheur l'âme humaine, inquiète,
- Montre bien sa nature en s'éprenant des fleurs :
- Ainsi pour favorite elle a la Violette,
- La première, au printemps, de toutes les primeurs;..
-
- Mais toi, fleur de l'hiver, modeste Perce-neige,
- Qui, comme le sourire ébauché sous les pleurs,
- Risque ta note gaie au milieu du cortège
- Dont la saison de deuil s'entoure en ses rigueurs,
-
- Les plis du blanc linceul te cachent à la vue ;
- C'est à peine si l'homme heureux connaît ton nom !
- L'étoile aux mille feux perce la sombre nue
- Tandis qu'en grelottant tu meurs sous le glaçon !
-
- Ne crains pas, cependant, que ma main ennemie
- Prétende t'abriter sur mon coeur désolé ;
- J'aimerais mieux souffrir que de te voir flétrie :
- Rien qu'en te regardant je me sens consolé.
-
- A moissonner les fleurs mon instinct se refuse ;
- Le meurtre avec l'amour ne peut se partager.
- Protecteurs et bourreaux, mon mépris vous récuse,
- Vous qui soignez la bête... afin de la manger !
Napoléon LEGENDRE (1841-1907 ; Québec)
1886. Les perce-neige. {Titre du recueil} http://beq.ebooksgratuits.com/pdf/Legendre-neige.pdf
Charles CROS (1842-1888)
1908 (posthume). Le collier de griffes. http://poesie.webnet.fr/poemes/France/cros/36.html
- Ecole buissonnière
- ...
- Ma pensée est un perce-neige
- Qui pousse et rit malgré le froid
- Sans souci d'heure ni d'endroit
- Ma pensée est un perce-neige.
- Si son terrain est bien étroit
- La feuille morte le protège,
- Ma pensée est un perce-neige
- Qui pousse et rit malgré le froid.
Léon BARAT
1892. En passant par la Lorraine. Impr. nancéienne. p.51. [bnf]
- Le Perce-Neige
-
- Salut, fleur de la Vierge ! Aimable avant-courrière
- Qui des champs endormis présages le réveil ;
- La terre au loin tressaille et sort d'un long sommeil,
- Comme autrefois Lazare échappé de la bière.
-
- Ton apparition annonce la première
- Le départ des hivers, le retour du soleil,
- Et le travail du sol hier encor pareil
- A quelque monotone et vaste cimetière.
-
- Salut, fleur de la Vierge, humble fleur, toi qui rends
- L'espoir de jours meilleurs à nos esprits souffrants,
- Et consoles les coeurs assombris et moroses.
-
- Des vents plus tièdes vont succéder aux autans
- Qui font trembler l'arbuste où fleuriront les roses.
- A bientôt la chanson joyeuse du printemps.
(Charles-) Nérée BEAUCHEMIN (1850-1931 ; Québec)
1897. Les floraisons matutinales. [.pdf]
- Perce-Neige
-
- Radieuses apothéoses
- Du soleil d'or et du ciel bleu,
- Fraîche gloire des printemps roses,
- Pourquoi donc durez-vous si peu ?
-
- Pourquoi donc êtes-vous si brèves,
- Aubes de l'enfance ? Beaux jours,
- Si pleins d'aromes et de sèves,
- Pourquoi donc êtes-vous si courts ?
-
- Jeunesse, où sont-elles allées
- Les hirondelles de jadis ?
- Où sont les ailes envolées
- De tes merveilleux paradis ?
-
- Et vous, poétiques chimères,
- Que dore un rayon d'idéal,
- Blondes idylles éphémères,
- N'auriez-vous qu'un seul floréal ?
-
- Ô fleurs, vous n'êtes pas finies !
- Les plus tristes de nos saisons
- Auront encor des harmonies
- Et des regains de floraisons.
-
- La mortelle saison du givre
- N'a pas tué toutes nos fleurs :
- Nous pourrons encore revivre
- Le passé, dans des jours meilleurs.
Nérée BEAUCHEMIN
1928. Patrie intime. [.pdf]
- La perce-neige des champs
-
- C'est depuis toujours qu'elle essuie
- Averses, gels et tourbillons,
- La perce-neige des sillons
- Qu'un fil de tige, à peine appuie,
- Contre le vent, contre la pluie.
-
- Dans le vaste espace de l'air,
- Une flamme ensoleille-t-elle
- Le nuage qui dégouttelle ?
- La petite fleur d'azur clair
- Se dresse et reprend le même air.
-
- La verte tige printanière,
- Vers le soleil, vers le ciel bleu,
- Comme pour rendre hommage à Dieu,
- Ne veut pas être la dernière
- À hausser son brin de bannière.
-
- Ainsi, le corps de la lignée,
- Se dresse et s'anime au contact
- Du terroir, et résiste, intact,
- Contre la rafale obstinée
- D'une sévère destinée.
-
- L'humble habitant de l'avenir,
- Par quel miracle et quel mystère,
- Et par quel charme de la terre,
- Voudra-t-il, pourra-t-il tenir
- La bannière du souvenir ?
Auguste BERTOUT
1898. Fleurs cueillies sur l'éternel chemin, poésies. L. Sauvaître (Paris). p.199-200. [bnf]
- Le Perce-Neige
-
- A madame Jean.
-
- Quand, sur la lisière des bois,
- Fleurit le vaillant perce-neige,
- L'Aquilon est faible et sans voix,
- L'hiver suivi de son cortège
- S'en va régner en d'autres lieux,
- Plus haut le soleil monte aux cieux,
- Le jour grandit, la nuit est brève
- Et plus court se fait notre rêve.
-
- Notre cœur appelle vers lui
- Le bonheur que rêve notre âme
- Et qui part quand le jour a lui
- Emportant au loin le cinname
- Qui seul pouvait le soulager
- Et, de ce bonheur mensonger
- Calmant les frissons et les transes,
- Terminer ses longues souffrances.
-
- Quand mes yeux, sur ta douce fleur,
- Se posent, tendre galantine,
- Je vois s'éloigner ma douleur
- Et mon cœur soudain s'illumine.
- Par elle les bois enchantés,
- Dans les ondes de leurs clartés,
- Sentent courir une autre sève
- Qui de fleurs va parer leur rêve.
-
- Du rêve à la réalité
- Aujourd'hui quelques jours à peine
- Les séparent, leur majesté
- Surgira dans l'heure prochaine ;
- Lors viendront les oiseaux siffleurs
- Et, butinant au sein des fleurs,
- Les abeilles à leurs calices,
- Du pollen, prendront les prémices.
-
- Du printemps charmant précurseur,
- Je suis là, guettant ta venue,
- Pour voir fuir l'hiver oppresseur
- Alors que s'ouvre ta fleur nue
- Qui, bravant du froid la rigueur,
- Retrouve toute sa vigueur
- Pour jeter la joie et le rire
- Emmi l'air que mon cœur aspire.
-
- Septembre 1897.
XXe siècle
Robert DESNOS (1900-1945)
- Le Perce-Neige
-
- Violette de la Chandeleur,
- Perce, perce, perce-neige,
- Annonces-tu la Chandeleur,
- Le soleil et son cortège
- De chansons, de fruits, de fleurs ?
- Perce, perce, perce-neige
- A la Chandeleur.
Claude VIGÉE
1936. Perce-neige.
Pierrette MICHELOUD (1915-2007). Perce-neige {Poème en prose}
1999. Poésie : 1945-1993. p.53. [bg]
Snowdrop
Anna Laetitia BARBAULD (1743-1825)
1773. Poems. {Ci-dessous : orthographe de la réédition de 1792} [bg]
- The invitation
- ...
- Now the glad earth her frozen zone unbinds,
- And o'er her bosom breathe the western winds:
- Already now the snow-drop dares appear,
- The first pale blossom of th' unripen'd year;
- As Flora's breath, by some transforming power,
- Had chang'd an icicle into a flower:
- Its name and hue the scentless plant retains,
- And winter lingers in its icy veins.
- ...
Mary ROBINSON (1758 - 1800)
www.clas.ufl.edu/users/pcraddoc/chancey.htm
- Sonnet: The Snowdrop, in: Poems by Mrs. M. Robinson, 1791.*
- The Snow Drop, in: Walsingham: or, The Pupil of Nature. 1797.
Samuel Taylor COLERIDGE - The Snow-Drop (December 1797.)*
WORDSWORTH (composed ~ 1820)*
- To a Snowdrop
- On Seeing a Tuft of Snowdrops in a Storm
Laetitia Elizabeth LANDON (1802-1838) - The Snowdrop
Ralph W. EMERSON (1803-1882)
- Flower Chorus
-
- Such a commotion under the ground,
- When March called, "Ho there! ho!"
- Such spreading of rootlets far and wide,
- Such whisperings to and fro!
- "Are you ready?" the Snowdrop asked,
- " 'Tis time to start, you know."
- "Almost, my dear!" the Scilla replied,
- "I'll follow as soon as you go."
- Then "Ha! ha! ha!" a chorus came
- Of laughter sweet and low,
- From millions of flowers under the ground,
- Yes, millions beginning to grow.
Alfred Lord TENNYSON (1809-1892) - The Snowdrop
Walter DE LA MARE (1873-1953) - A Snowdrop, Faber, 1929.
Ted HUGHES (1930-1998) - Snowdrop (1960) www.kirjasto.sci.fi/thughes.htm
Translated
Hans Christian ANDERSEN (1805-1875) - The snowdrop (Fairy Tales.)
Jaroslav SEIFERT (1901-1986) -
You have skin pale like a snowdrop. http://books.google.fr/books?id=0Ma6kFB7xJcC&pg=PA52