Revue Horticole,
Journal d'horticulture pratique
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CULTURE DES AMARYLLIS.
I. - Considérations générales.
Au commencement de ce siècle, le genre
Amaryllis n'était représenté dans nos jar-
dins que par quelques espèces appartenant
plutôt au domaine de la botanique qu'à ce-
lui de l'horticulture. Si, en effet, on veut
établir une comparaison entre les espèces
cultivées il y a quarante ans et celles qu'on
possède de nos jours, on constate cette diffé-
rence que le nombre de ces espèces s'est
beaucoup réduit, tandis que celui des varié-
tés s'est considérablement augmenté.
C'est M. Aimé Turlure, horticulteur à
Versailles, qui, le premier, s'est le plus
passionnément occupé en France de la cul-
ture des Amaryllis ; c'est à lui que nous
sommes redevables d'une série de belles va-
riétés qui ont occupé une place importante
dans l'ornementation de nos serres ; c'est
lui enfin qui, à l'aide de la fécondation arti-
ficielle par le pollen soit de l'espèce elle-
même, soit des espèces voisines, en croisant
par conséquent des individus de même espèce
ou d'espèces différentes, a doté nos jardins de
variétés nombreuses et douées aussi d'une
plus grande robusticité. Ce dernier résultat,
d'une si haute importance, fut chaleureuse-
ment accueilli par les amateurs, qui pouvaient
dès lors cultiver ces magnifiques plantes en
serre tempérée ; car, il faut le dire, jusqu'à
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cette époque les Amaryllis avaient été re-
gardés comme des végétaux de haute serre
chaude et cultivés comme tels
1. Cette robus-
ticité était donc déjà une amélioration no-
table ; mais à cette époque, c'est-à-dire il y
a environ vingt-cinq ans, on ne pouvait
prévoir que la culture des Amaryllis fût
aussi facile qu'elle l'est réellement, et on
n'osait espérer que certaines variétés pus-
sent un jour orner nos plates-bandes. Ces
défauts de connaissance ralentirent la pas-
sion qu'on avait alors pour cette section des
Amaryllis qu'on appelle les Hippéastres, et
ce refroidissement amena peu à peu l'in-
différence à laquelle on doit sans doute at-
tribuer l'absence presque complète de ces
plantes dans les collections actuelles.
Depuis quelques temps les Amaryllis ont
été cultivés sur une vaste échelle par
M. Souchet, de Fontainebleau. Sachant
que la fécondation artificielle était la seule
voie à suivre pour obtenir de nouvelles va-
riétés de formes et surtout de coloris, cet
habile horticulteur poursuivit avec une
grande sagacité les opérations de M. Tur-
lure, et de ses expériences naquirent pour
l'horticulture des produits d'une incontesta-
ble beauté, pour la botanique des formes
d'une difficulté extrême à classer. Ces fécon-
dations se répétant chaque année, la diffi-
culté n'a fait que s'accroitre, et aujourd'hui
il serait presque impossible de rapporter
à des types toutes les formes obtenues, tant
elles sont nombreuses et variées.
A la simple production de variétés de for-
mes et de coloris ne s'arrêtèrent pourtant
pas les vues de M. Souchet, qui chercha
à doter nos jardins de plantes beaucoup
plus rustiques ; aussi eût-il l'idée de fé-
conder une espèce bien rustique, l'
Amaryl-
lis vittata, avec des Amaryllis de serre, les
brasiliensis et
pulverulenta, et ces croise-
ments artificiels donnèrent une série de va-
riétés nouvelles, chez lesquelles les fleurs
étaient plus grandes, et mieux faites ; c'est-à-
dire dont les divisions du périanthe étaient
moins lancéolées, à peine ondulées, et plus
arrondies que celles de l'
Amaryllis vittata.
Leurs couleurs présentaient aussi toutes les
nuances intermédiaires du blanc au rouge,
en passant par le rose, avec des coloris tan-
tôt uniformes, tantôt régulièrement marqués
de stries ou de points plus foncés ; en outre,
et c'est ici le point le plus important, ces va-
riétés se trouvaient assez rustiques pour pou-
voir résister aux hivers du midi de la France,
et, à l'aide d'une couche de litière ou de
feuilles sèches, supporter les froids des dé-
partements du nord. En présence de ces
faits on voit combien il est regrettable que
des plantes aussi belles ne soient pas plus
répandues dans les jardins.
1. Il faut excepter pourtant l'Amaryllis vittata,
dont la robusticité est connue depuis longtemps.
Enfin, dans l'histoire de ces plantes, il se-
rait difficile de ne pas citer le nom de
M. Truffaut fils, de Versailles. C'est en
parcourant ses cultures que plus d'une fois
j'ai été saisi d'admiration en présence de la
beauté des nombreuses variétés d'Amaryllis
qu'il avait réunies, et c'est cette beauté
même qui m'a engagé à écrire ces quelques
lignes en faveur de plantes aussi ornemen-
tales et si peu connues.
Les Amaryllis cultivés en pleine terre et
en serre par M. Truffaut m'ont semblé de-
voir être rapportés à quatre espèces de la
section HIPPEASTRUM : à l'Amaryllis à ru-
bans (
Amaryllis vittata, L'Hér.) ; à l'Ama-
ryllis brillant (
Amaryllis aulica, Ker) ; à
l'Amaryllis royal (
Amaryllis Reginæ, Linné,
Amaryllis brasiliensis, Andr.) et à sa va-
riété pulvérulente (
Amaryllis pulverulenta,
Bol. Cab.).
Les variétés issues des quatre espèces pré-
citées sont nombreuses, et elles le seraient
encore davantage, si une sélection bien com-
prise d'ailleurs, n'en détruisait les moins re-
marquables ; car, ici comme partout, la mode,
toujours arbitraire dans ses lois, a prescrit
pour la beauté des Amaryllis les règles sui-
vantes : une hampe robuste et bien droite ;
des fleurs nombreuses et régulières, à tube
évasé plutôt que cylindrique, et à limbe for-
mant bien l'entonnoir évasé, portant des di-
visions ovales-lancéolées, non acuminées,
planes et non réfléchies à leur sommet ;
enfin des coloris riches ou veloutés et plutôt
uniformes que variés. Toutes les plantes qui
ne présenteraient pas réunies ces diverses
qualités sont absolument rejetées.
Ainsi qu'on a déjà pu le remarquer, sous
le rapport de leur culture, les Amaryllis
dont je viens de parler peuvent se diviser
en deux groupes : 1° ceux de serre tempé-
rée, et 2° ceux de plein air.
II. - Culture des Amaryllis de serre tempérée.
Une serre n'est pas absolument néces-
saire pour cultiver des Amaryllis ; une bâ-
che, un châssis, peuvent aisément rempla-
cer une serre dans le but spécial d'y élever
des Hippéastres. Cependant une serre à deux
pentes, peu élevée et exposée au midi con-
vient particulièrement pour la culture de
ces plantes. Pour obtenir le meilleur résul-
tat possible, on doit creuser une fosse de
0
m.30 à 0
m.40, placer dans le fond environ
0
m.15 à 0
m.20 de gravier ou d'escarbilles (ja-
mais de plâtras), et recouvrir ce lit, qui est
destiné à favoriser l'écoulement des arrose-
ments, par une égale quantité de bonne
terre de bruyère dans laquelle la silice ne
domine pas. En outre cette terre ne doit pas
être trop pulvérisée ; au contraire, ici plus
qu'ailleurs il est de première nécessité que
l'air puisse arriver directement aux ra-
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cines ; on doit donc se servir de terre sim-
plement battue et non passée au crible.
Plusieurs personnes ont aussi cru devoir
recommander des terrains artificiels pour
cultiver les Amaryllis. Sans citer les dif-
férents composts signalés, soit en France,
soit à l'étranger, nous croyons cependant
devoir en indiquer un, celui qui est employé
par nos voisins d'outre-mer et dont les heu-
reux résultats, dans la culture anglaise, ont
été sanctionnés bien des fois par l'expé-
rience. En Angleterre, où la culture des
plantes bulbeuses en général est très-ré-
pandue, on emploie presque toujours le
compost traditionnel appelé Loam ; aussi, à
défaut de terre de bruyère, ou bien lorsque
celle-ci est par trop siliceuse, recommande-
rons-nous l'emploi du loam. C'est un mé-
lange de terre argileuse et de graminées en
décomposition, auquel on ajoutera pour cul-
tiver les Amaryllis, 25 parties de sable blanc
non argileux et environ une égale quantité
de terreau de feuilles.
Bien que différentes époques aient été in-
diquées pour la plantation des oignons,
celle qui paraît la plus convenable est d'août
au commencement de novembre. On ne doit
enterrer les bulbes que jusqu'à 0m.03 au-
dessus de leur plateau, et on laisse entre
chacun d'eux un espace de 0m.15 à 0m.25
en tous sens, selon leur grosseur. Bien-
tôt excités par une chaleur douce et hu-
mide, ces bulbes entrent en végétation. Il
est à remarquer que le plus souvent les ra-
cines ne se développent que lorsque les
feuilles ont acquis une certaine longueur, et
que pour cette raison les arrosements doivent
être modérés pendant les quelques semaines
qui suivent la plantation : de légers
bassinages occasionnent même une humi-
dité bien suffisante à ce moment ; mais dès
qu'on s'est assuré qu'il y a à peu près équi-
libre dans le développement des parties aé-
riennes et souterraines, les arrosements doi-
vent être renouvelés fréquemment.
Il y aurait peut-être un moyen à em-
ployer pour que le développement des
racines ne se fit pas attendre, ou du moins
pour que ce développement fût à peu
près contemporain de celui des feuilles.
Il consisterait à s'abstenir de chauffer la
serre pendant quelque temps, et si même
la plantation se faisait en août, à laisser la
bâche à découvert, afin d'empêcher l'éléva-
tion de la température, qui hâterait le déve-
loppement des feuilles : on se garantirait de
l'influence directe du soleil en ombrant les
bulbes avec des toiles ou des paillassons. En
résumé, pour forcer les racines d'Amaryllis
à se développer plus tôt qu'elles ne le font or-
dinairement, on pourrait mettre en pratique
le moyen employé pour la culture en pots
des Jacinthes, des Tulipes et autres oignons
à fleurs, qu'on laisse quelque temps expo-
sés à l'action de l'air extérieur avant de les
placer dans un lieu chauffé, afin d'empêcher
le développement des organes foliacés au
détriment des fleurs.
Pendant l'hiver, on maintient autant que
possible une chaleur de 4 à 5 degrés centi-
grades, qu'on peut élever, en février, à 6
ou 8 degrés, et au printemps la plupart des
oignons fleurissent ; quelques-uns dévelop-
pent même jusqu'à deux ou trois hampes.
C'est alors que la grandeur des fleurs, leur
forme, leur beauté, leur odeur, et surtout
leur durée, dédommagent amplement des
quelques peines que leur culture a cau-
sées.
Dans la crainte qu'une trop grande inten-
sité de chaleur occasionnée par l'insolation
ne détériore les fleurs ou ne hâte leur épa-
nouissement, on peut, au printemps, enlever
les panneaux de la serre et les remplacer
par des paillassons de roseaux à mailles
très-écartées. Enfin , si le temps s'opposait
à l'enlèvement des panneaux, on pourrait
répandre sur le verre du blanc d'Espagne,
ou ombrer au moyen d'une toile légère.
Lorsque les fleurs sont fanées, si l'on ne
tient pas aux graines, il est bon de couper
les hampes dans l'intérêt même de la con-
servation des
bulbes.
Nous ne saurions trop insister sur les in-
convénients qui résultent lorsque, comme on
est malheureusement trop souvent porté à
le faire, on continue à donner aux oignons,
après leur floraison, la quantité d'eau dont
ils avaient besoin alors qu'ils étaient en
pleine végétation. Beaucoup de personnes
croient, parce que les feuilles des Amaryllis
persistent longtemps après la disparition des
fleurs, qu'il faut leur prodiguer la même
quantité d'eau jusqu'à la dessiccation com-
plète des feuilles. C'est là une erreur : ces
arrosements ne peuvent qu'amener deux ré-
sultats, ou l'épuisement de l'oignon par suite
du non-arrêt de la végétation, ou, dans cer-
tains cas, sa destruction complète par excès
d'humidité.
Lorsqu'une cause quelconque aura pro-
duit sur l'oignon un commencement de dé-
térioration, ou, en d'autres termes, lorsqu'on
aura des bulbes qui auront été atteintes par
l'humidité, on ne devra point les jeter ; il
faudra enlever avec soin toutes les tuniques
endommagées, laisser sécher la plaie et re-
planter l'oignon sur couche, ou préférable-
ment en pots bien drainés, qu'on place sur
une chaleur de fond. Pour ces oignons, il
est urgent de les arroser modérément, et,
après la végétation, de les tenir dans un lieu
très-sec. En renouvelant ces soins pendant
une ou deux années, on arrive presque tou-
jours à une guérison complète.
La culture en pleine terre n'est pas la
seule qu'on puisse appliquer à ces plantes :
toutes se prêtent également bien à la cul-
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ture en pots, dont on comprend l'avantage
et l'utilité ; c'est, en effet, un excellent
moyen de se procurer des jouissances pen-
dant tout le printemps ; car, élevées ainsi,
les Hippéastres peuvent devenir un des plus
beaux ornements des cheminées et des jar-
dinières de salon.
Lorsqu'on veut cultiver des Amaryllis en
pots, on ne doit pas négliger le drainage
dont j'ai indiqué la nécessité pour la cul-
ture en pleine terre. Après avoir planté les
oignons (un seul dans un pot de 0m.15 à
0m.20) à la même époque et comme il a été
dit précédemment, on enterre les pots au rez
du sol, dans la serre dont je viens de parler,
et il n'est plus nécessaire que de les arroser
toutes les fois que le besoin s'en fait sentir.
C'est surtout pour la culture en pots qu'il
importe de ne pas mettre l'oignon aussitôt
sa plantation en contact avec une chaleur
soit de fond, soit environnante. Si les Ama-
ryllis sont destinés à servir d'ornement pendant
l'hiver, il faut les planter en août,
enterrer les pots dehors, dans un endroit
ombragé, et les y laisser environ trois semaines
ou un mois. C'est alors qu'on peut, sans
aucune crainte, les placer dans un lieu dont
la température doit être maintenue en rai-
son de l'époque qu'on aura assignée pour le
développement des fleurs. Lorsqu'au lieu
de placer les pots dans un endroit tempéré
qui ne peut amener le développement des
fleurs qu'au printemps, on les dispose
dans une serre chaude, ou bien lorsqu'on les
met en contact avec une chaleur de fond, les
fleurs s'épanouissent beaucoup plus tôt.
La rusticité des Amaryllis est telle, que
ces plantes supportent facilement tout dé-
placement pendant leur végétation et ne pa-
raissent même pas souffrir quand, après
avoir été élevées eu pleine terre, on les arra-
che peu de jours avant leur floraison pour
les mettre en pots.
Lorsque toutes les feuilles ont séché, que
les oignons sont arrivés à un état de repos
complet, on les arrache en opérant immé-
diatement la séparation des caïeux, et on dis-
pose le tout sur des tablettes, dans un endroit
sec et tempéré. Pour les Amaryllis en pots,
on a conseillé de ne pas arracher la bulbe
chaque année ; mais comme l'arrachage ne
peut amener aucun inconvénient, il est pré-
férable de leur faire suivre le même trai-
tement qu'à ceux de pleine terre, autant pour
enlever les racines sèches qui tapissent le
pot, que pour être bien sûr que les bulbes
n'auront aucunement à souffrir de l'humi-
dité.
Toutefois il est bon de dire, et l'expé-
rience l'a démontré, que les oignons d'Ama-
ryllis qu'on expose au contact d'une chaleur
un peu élevée finissent par s'épuiser, et ne
fleurissent même presque jamais à la troi-
sième année. Aussi, pour éviter l'épuise-
ment des bulbes, est-il nécessaire, après les
avoir élevées en pots pendant deux ans, de
les remettre en terre pendant un même
laps de temps, après quoi elles peuvent en-
core supporter la culture en pots. En un
mot, ce n'est qu'à l'aide de ces cultures al-
ternatives qu'on sera presque toujours cer-
tain d'obtenir une belle floraison.
En résumé : terres légères, sableuses et
bien drainées ; arrosements en temps oppor-
tun ; repos absolu en temps utile ; telles sont
les conditions nécessaires que réclame la
culture des Amaryllis de serre tempérée.
Jusqu'ici nous ne nous sommes occupé
que des soins à donner aux oignons adultes
des Amaryllis ; il nous reste à indiquer briè-
vement ceux qui ont rapport aux semis, On
a vu, par ce qui précède, qu'on peut multi-
plier les Hippéastres par la division des
caïeux ; c'est le moyen le plus prompt et le
seul certain de reproduire la variété qu'on
tient à propager. Mais comme c'est par les
semis qu'on a obtenu et qu'on obtient en-
core chaque jour de nouvelles variétés, sans
aborder la question de l'hybridation, nous
allons indiquer en quelques mots les soins
que ces semis réclament.
Les graines d'Amaryllis se sèment dès
qu'elles sont mûres, en pots ou en terrines
bien drainées et en terre de bruyère ; le se-
mis fait, on recouvre les graines de 0m.003
à 0m.004 de terre, et, si l'on veut, on ré-
pand sur cette terre un lit de 0m.001 à 0m.002
de Sphagnum bien haché, puis on arrose lé-
gèrement. On peut aussi poser sur la ter-
rine une feuille de verre, dont l'effet est de
maintenir la terre dans un état constant
d'humidité, et on enterre les pots dans un
couche dont la température doit s'élever de
20 à 25 degrés centigrades. En général, dans
de telles conditions, les graines mettent de
15 à 20 jours pour germer.
Pendant l'hiver, on doit tenir la terre con-
stamment fraîche. Au printemps (en avril,
par exemple), il convient d'établir une cou-
che de feuilles sur laquelle on pose de 0m.10
à 0m.12 de terre de bruyère et où l'on repique
le jeune plant. Dès que les feuilles commen-
cent à jaunir, on suspend tout arosement ;
on arrache les bulbilles ; on les met à l'abri
de l'humidité, et on les replante d'août en
octobre ; aussitôt qu'ils rentrent en végé-
tation, on leur donne quelques bassinages,
puis on les arrose comme précédemment. On
renouvelle les mêmes soins à la deuxième
année, et à la troisième les oignons ont déjà
acquis un certain développement ; leur gros-
seur varie alors entre celle d'un œul de
perdrix et celle d'un œuf de pigeon ; mais ils
ne donnent encore que des feuilles. Après
la végétation de la troisième année, on peut
laisser les bulbes en pleine terre, en suspen-
dant, bien entendu, les arrosements en
temps convenable. Il conviendra toutefois
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de laisser entre chaque bulbe un espace suf-
fisant. Au printemps de la quatrième année,
quelques oignons pourront fleurir, mais la
plupart ne donneront des feuilles qu'à la cin-
quième, et pourront alors être traités comme
les bulbes adultes.
III. - Culture des Amaryllis de plein air.
Ce chapitre s'applique spécialement à
l'
Amaryllis vittata, et surtout aux belles va-
riétés obtenues par M. Souchet de ses fé-
condations par les
Amaryllis brasiliensis et
pulverulenta. Pour la culture de ces plantes,
on doit choisir une plate-bande exposée au
midi, et la préparer comme pour les plantes
de serre tempérée. Si même, pour parer
aux inconvénients de l'humidité, fort à crain-
dre pour ces plantes, on pouvait élever la
plate-bande de 0
m.10 au-dessus du niveau
du sol, cette précaution aurait une utilité
incontestable. Après leur mise en terre, qui
s'opère d'août en septembre et plus profon-
dément que pour les variétés précédentes, les
oignons peuvent être abandonnés à eux-
mêmes. Lorsque l'hiver survient, on les pro-
tège avec des feuilles sèches qu'on enlève
toutes les fois que le temps le permet. Cette
couche de feuilles sèches doit être épaisse, et
si elle devenait par trop humide il faudrait
la renouveler. Afin de mieux garantir encore
les oignons d'Amaryllis ainsi plantés, on
peut avec les feuilles établir une partie bom-
bée, celle du milieu de la plate-bande plus
élevée, et recouvrir avec de la paille ou mieux
des paillassons. Ce système a l'avantage de
ne pas conserver si facilement l'humidité
provenant soit de la neige, soit de la pluie.
Quand les grandes chaleurs sont arrivées,
et de préférence le soir, on donne de copieux
arrosements. La floraison de ces Amaryllis
a alors lieu de juin en juillet, et elle est vrai-
ment remarquable.
Les oignons ne doivent être arrachés que
tous les trois ou quatre ans. Cet arrachage
a deux buts : la séparation des caïeux et le
renouvellement de la terre. On doit le prati-
quer au moment où les plantes sont en repos.
Comme les précédents, les Amaryllis de
plein air se prêtent également bien à la
culture en pots, et après avoir séjourné un
mois environ dehors, on hâte leur floraison
en les plaçant en serre tempérée.
Dans le midi de la France, les feuilles,
les paillassons ou autres préservatifs contre
le froid cessent d'avoir leur utilité. Ainsi de-
puis Avignon jusqu'à la Méditerranée, il
n'est pas douteux que ces plantes puissent
résister sans abri aux rigueurs de l'hiver.
En résumé, ces magnifiques Hippéastres ne
sont pas plus délicats que le bel
Amaryllis
belladona du midi de l'Europe, et nous les
croyons appelés à jouer dans l'ornementa-
tion des jardins un rôle beaucoup plus im-
portant qu'on ne l'avait supposé jusqu'ici.
B. VERLOT.