La Martre 2004

Amaryllidaceae
Narcisses de l'Artuby
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24 mai 2004

Visite de trois prés humides à Narcissus poeticus
à l'occasion de la fête des narcisses de La-Martre.
15-16 mai 2004

Pré à narcisses de Chateauvieux : à la recherche des butineurs (16 mai)

Au bord du village, à 100 m du pré aux narcisses, fleuri un lilas qui attire de nombreux butineurs : flambé (Iphiclides podalirius), piérides, petits sphinx butinant en vol, abeilles domestiques, abeilles solitaires, bourdons et "abeilles charpentières", sorte de gros bourdons bleu violacé (Xylocopa sp.).

Au-dessus de la zone à narcisses, dans le pré où stridulent des grillons, on peut voir le début de la floraison de la "dame de onze heure" (Ornithogalum umbellatum) et les tous premiers fleurons des Armeria sp. Les ornithogales, qui s'épanouissent en fin de matinée, accueillent déjà le petit coléoptère Oxythyrea funesta. C'est un mangeur d'étamines qui peut participer à sa manière à la pollinisation.

La population de narcisses se trouve dans les parties les plus humides d'un pré de fauche en pente vers le Sud-Est. Les fleurs montrent une grande variabilité au niveau de l'inclinaison du tube, de la largeur des tépales qui se recouvrent ou non à la base*, de la forme de la couronne presque plate ou parfois en coupe*, des étamines dont les 3 plus courtes sont parfois à moitié ou entièrement hors du tube*, etc. Les bractées des quelques plantes non fleuries sont souvent enflées.

Les narcisses ne sont pas visités par les nombreux butineurs vus plus haut ! Le xylocope (Xylocopa sp.) est la seule espèce observée (hormis de rares bourdons et autres insectes de passage). On peut voir cette grosse "abeille" se poser sur les fleurs de Narcissus poeticus et aller de fleur en fleur. D'autres individus, plus petits, survolent rapidement de long en large les narcisses, se croisant parfois et se pourchassant brièvement. Ce sont des mâles en quête d'aventure. L'un d'eux trouve une femelle, la conjonction semble se faire, le couple s'envole, se pose un peu plus loin, se sépare après quelques secondes et la femelle retourne aux fleurs. S'agit-il d'un pollinisateur du narcisse ? Le xylocope semble plutôt être un voleur de nectar ! Rappelons-nous que la petite gouttelette visqueuse de nectar est au fond du tube de la fleur. Ce tube mesure trois centimètres, il faut donc un butineur à très longue trompe, alors que la langue du xylocope ne doit guère dépasser un centimètre. Pour atteindre le nectar il pratique à la manière des bourdons sur les fleurs de consoude, en perforant le tube. Le xylocope se pose sur le narcisse. Après quelques déplacements de droite et de gauche il escalade le tépale supérieur et bascule sur le tube derrière la fleur. Là, il perce le tube, introduit le plus profondément possible sa langue en se collant au tube. Généralement il refait un ou deux trous avant de quitter la fleur. On peut voir la trace de son passage en examinant les fleurs d'un pré à narcisse : sur la face supérieure du tube, à environ 1 cm de sa base, s'observe de petits traits longitudinaux de 2-3 mm de long, montrant que la corolle s'est fendue.

Au soir, espérant voir un butineur, je retourne au pré de Chateauvieux. A 21 H 30-45 par 12°C les stridulations des grillons se prolongent dans la nuit. Les notes fluttées de 3 crapauds accoucheurs s'ajoutent au concert. Du bord de la zone des narcisses, je scrute soigneusement la totalité de la population, équipé d'une paire de jumelles lumineuse et d'une petite torche calée contre ces jumelles dont elle éclaire le champ de vision. Les narcisses dressés dans la nuit, vus avec le relief propre aux jumelles, donnent à la scène un aspect un peu féerique. Point de lutin toutefois ni le moindre butineur : aucun insecte n'est vu ni attiré par la lumière.

Pré à narcisses sous le chemin de la chapelle Saint Pierre en Demeyes (Lundi 17 mai)

La répartition des narcisses dans le pré révèle la présence de suintements, leurs écoulements et l'accumulation d'un peu d'eau en bas de pente. L'orientation à l'Est, dans un vallon froid humide, est peut-être responsable du léger retard de floraison constaté. Il s'agit d'un pré de fauche. En bas le pré est bordé par des broussailles le séparant d'un petit ravin et par une zone non fauchée... et sans narcisse.

Les très nombreux boutons de fleurs de narcisse prêts à s'ouvrir montrent leurs bractées enflées typiques de la forme physaloides. Cet aspect particulier se perd à la floraison. (Certainement aurait-on vu les même bractées sur toutes les fleurs à Chateauxvieux quelques jours auparavant. La floraison en est trop avancée maintenant.) Les fleurs épanouies montrent une grande variabilité. Les tépales, plus ou moins larges se recouvrent ou pas à la base. Les étamines sont toujours en 2 rangs distincts, mais les anthères du rang inférieur dépassent parfois à demi de la gorge de la couronne. Longueur du tube : 27 à 33 mm.

Peu d'insectes sont observés. Un coléoptère Oxythyrea funesta a mangé une des étamines externes d'une fleur de narcisse. Sa tête, l'avant du thorax et les pattes antérieures sont poudrés de pollen. Un papillon "aurore" et un Coenonympha sp. sont de passage, sans s'intéresser aux narcisses. Le tube des fleurs de narcisse contient parfois quelques thrips. Aucun xylocope n'est vu.

Prés à narcisses du carrefour de la route de Bargemon (Lundi 17 mai, 11H30 - 14H)

Présentation : Font de vallon plat. En amont, à l'Est de la route, marais, avec zone de touradons (plusieurs gros lézards verts). Partie Sud humide mais non inondée menacée et déjà réduite par l'avancée du reboisement spontané. Plus en amont (au-delà du chemin des forestiers), prés de fauche détrempée. La population de narcisses s'étend au pré humide, aux parties non inondées du marais et à la bordure de la zone des touradons, au sommet desquels poussent les narcisses ! Dactylorhyza sp. abondante dans le pré.
Vers l'aval, à l'Ouest de la route, pré de fauche mouillé, localement couvert d'une lame d'eau, petit ru hésitant à se constituer, ponctué de petites mares. Nombreux narcisses épars marquant les rives du ru et les parties les plus humides du pré. Présence de Dactylorhyza sp., Ornithogalum umbellatum, Muscari sp.

Narcisses presque tous fleuris. Les bractées enflées des boutons restant témoignent de la forme physaloides. Fleurs très variables, tépales parfois très étroits ne se recouvrant pas à leur base. Une dizaine de tiges biflores est notée.

Les fleurs visitées par le xylocope se remarquent aux 2-3 petites fentes laissées sur le tube. Un petit sphinx (Hemaris sp.) posé sur l'arrière d'une fleur de narcisse, inactif à ce moment vraisemblablement à cause d'un passage nuageux avec vent froid.

Pascal Vigneron

 

* Ces critères sont ceux qui permettent la distinction des deux sous espèces poeticus et radiiflorusangustifolius. Ces caractères étant variables au sein d'une population, avec prédominance d'un type ou d'un autre, on ne peut déterminer l'appartenance à une variété d'un individu isolé mais seulement d'une population.
On peut ici retenir le nom : Narcissus poeticus L. sous espèce poeticus [variété physaloides Beauverd].

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