Ces petites amaryllidacées, cousines du perce-neige, vivent en Europe centrale principalement. En France elles se rencontrent ça et là dans l'Est et le Nord, surtout en montagne. Elles sont ici proche de leur limite de répartition.
Elles ne prospèrent en Haute-Marne que dans des stations qui se rapprochent de leurs conditions de vie montagnarde favorites, en micro-climat froid et sur sol humide.
Le Val Clavin est profondément entaillé dans les calcaires de la montagne chatillonaise (plateau de Langres au sens large) et entouré de falaises et de hautes pentes d'éboulis. Le climat y est plus froid qu'alentour. On dit qu'il y gèle au moins une fois par mois, même en été. Probablement ce lieu profondément encaissé se comporte en piège pour l'air froid. De surcroît ses flans n'ont pas d'exposition Sud.
Les eaux de pluie infiltrées, traversant les couches calcaires du Bathonien se chargent en calcaire dissout. Retenues par les marnes du Bajocien supérieur, ces eaux alimentent de nombreuses sources et marais tufeux. Le cours du ruisseau lui-même est le siège de barrages tufeux.

Le ruisseau, après un parcours de 2 km, ayant traversé les marnes et entamé le calcaire corallien du Bajocien, se trouvent dans une partie très étroite et encaissée du vallon. C'est là que poussent les nivéoles.
Le Val Clavin comprend un grand nombre d'autres milieux (et d'espèces rares). Seule la forêt à nivéoles est évoquée ici.
Le fond du vallon,
sur un sol colluvial épais et gorgé d'eau,
est occupé par une forêt à chêne pédonculé, érables sycomore et champêtre, charme et frêne.
La strate arbustive est bien développée (noisetier, aubépine, viorne aubier et lantane, cornouiller mâle, sureau noir,
fusain d'Europe, groseiller des Alpes, Lonicera xylosteum, Rubus caesius...).
Parmi les herbacées : Leucojum vernum,
Scilla bifolia,
Narcissus pseudonarcissus,
Ornithogalum pyrenaicum,
Anemone ranunculoides,
Lamium galeobdolon,
Lathraea squamaria,
Mercurialis perenis,
Arum maculatum,
Asarum europaeum...
lierre, anémones des bois, etc.
L'association a été étudiée par Bugnon et Rameau (1973) et publiée sous le nom "Aconito vulpariae-Quercetum roboris" (Aconito-Quercetum).
Les nivéoles et cette association se développent sur le dépot de pente (colluvions) depuis le ru jusqu'au pied des falaises bajociennes.
Les jonquilles et les scilles à deux feuilles débutent leur floraison peu après les nivéoles, de sorte qu'on peut les voir fleuri en même temps.
Ces deux bulbeuses poussent également dans les endroits les plus humides, parmi les nivéoles de la rive du ruisseau. Mais elles n'y sont pas limités et poussent aussi bien sur le plateau, plus sec et plus chaud. Douées d'une assez grande amplitude écologique, elles sont communes en plaine comme en montagne.