Glaudinettes

Amaryllidaceae

Leucojum
Les noms français

Jean Bourguignon. 1901.
Le temps des glaudinettes.
Revue d'Ardenne et d'Argonne. Société d'études ardennaises.
Imprimerie Laroche, Sedan. 8ème année, n° 10, p.170-171.


- 170 - LE TEMPS DES GLAUDINETTES
     Si l'on réunit par la pensée les trois villages du CHESNE, de LAMETZ et de MARQUIGNY, on forme un triangle où se trouve, pour ainsi dire, enfermé un bois assez considérable, le bois de Longwé. La lisière de ce bois, vers l'Est, est couverte, de la fin de février à la lin de mars, de petites fleurs blanches qui forment un vaste tapis de près de deux kilomètres. Ce sont, des nivéoles (1), que les gens du pays appellent des glaudinettes (2). Elles donnent lieu à une fête, qui se célèbre tous les dimanches, tant que dure la floraison. Les filles el les garçons des trois villages s'en vont, bras dessus, bras dessous, faire la cueillette des nivéoles à l'endroit où elles s'épanouissent. De nombreux bouquets sont vile formés. Chacun coupe une forte baguette, dont l'extrémité présente plusieurs petites fourches sur lesquelles on plante les bouquets liés et entourés d'une mousse d'espèce particulière. Les couples chargés de leurs bouquets reviennent en chantant et font le tour du village, précédés d'une clarinette (quand ils ont pu se procurer un musicien). La fêle se termine généralement par des danses sur la grande place des villages. Cette fête aussi était jadis célébrée à GIVONNE. Là, chaque année, au retour du printemps, garçons et jeunes filles allaient ensemble cueillir les bouquets de glaudinettes dans un pré dit « des Rules » et revenaient ensuite sur la place publique, où ils formaient une ronde en chantant les couplets suivants :
I.
Mon père m'envoie à l'herbe,       Glaudinette, A l'herbe à la saison,       Glaudinon ; Je n'y trouvai pas d'herbe       Glaudinette, J'y cueillis du cresson,       Glaudinon.
II.
La fontaine était creuse,       Glaudinette, Je suis tombée au fond,       Glaudinon ; Par-là vinrent à passer,       Glaudinette, Trois fort jolis garçons,       Glaudinon.
III.
« Que nous donnerez-vous. belle ?       Glaudinette, Nous vous retirerons,       Glaudinon. - Retirez-moi toujours,       Glaudinette, Nous en déciderons,       Glaudinon. »
IV.
Quand la belle fut dehors,       Glaudinette, Elle commence une chanson,       Glaudinon. « Ce n'est pas cela, la belle,       Glaudinette, Que nous vous demandons,       Glaudinon :
(1) La nivéole du printemps (Leucoium vernum, du grec leucos « blanc ») est une plante herbacée de la famille des Amaryllidées, comme le perce-neige et les narcisses. (2) A Sedan, on appelle glaudinettes les narcisses jaunes (Narcissus pseudo-narcissus) cultivés dans les jardins. Glaudinette est la prononciation locale pour Claudinette (cpr. la prononciation reine-glaude). (P. C).

- 171 -
V.
C'est votre coeur volage,       Glaudinette, Savoir si nous l'aurons,       Glaudinon. - Mon coeur volage, dit-elle,       Glaudinette. N'est pas pour ces garçons,       Glaudinon.
VI.
C'est pour mon amant Pierre,       Glaudinette, Là-bas dans ces vallons,       Glaudinon, Qui endure pour moi,       Glaudinette, La pluie et les grêlons,       Glaudinon. »
Une variante de celle chanson a été donnée dans l'Almanach illustré du Petit Ardennais, en 1889 (page 71), sous le titre : Glandinon, Glandinette. L'éditeur explique que le refrain pourrait rappeler l'exercice du droit de « glandée » (droit de ramasser des glands) jadis en usage dans les forêts. Celle origine est inadmis- sible. Nous préférons voir, dans Glandinon, Glandinette, soit une erreur de transcription si le texte était manuscrit (n facile a confondre avec u), soit une de ces déformations populaires comme il en est de nombreux exemples. Nous reproduisons cette chanson :
Mon père m'envoye à l'herbe,       Glandinette, A l'herbe à la saison,       Glandinon. Je vais à la fontaine,       Glandinette, La fontain' de Mouzon,       Glandinon. Je n'y cueillis pas d'herbe.       Glandinette, J'y cueillis du cresson,       Glandinon. La fontaine était haute,       Glandinette, Tombée je suis au fond,       Glandinon. Par là vint à passer,       Glandinette, Trois garçons de Mouzon,       Glandinon. « Que donn'rez-vous, la belle ?       Glandinette, Nous vous retirerons,       Glandinon. Votr' petit coeur volage ?       Glandinette, Savoir si nous l'aurons,       Glandinon. - Mon petit coeur volage,       Glandinette, N'est pas pour les garçons,       Glandinon. C'est pour mon amant Pierre,       Glandinette, Qui est dans ces vallons,       Glandinon. C'est pour moi qu'il endure,       Glandinette, La pluie et les glaçons,       Glandinon. » Mais à mon aide Pierre,       Glandinette, Est arrivé d'un bond,       Glandinon, M' sauva de la fontaine,       Glandinette, Toujours nous nous aimerons,       Glandinon. Jean BOURGUIGNON.

Disponible sur gallica.bnf.fr : p.170 (= p.170))

La variante signalée par Jean Bourgignon, publié dans l'almanach du Petit Ardennais en 1889
avait été imprimée sous le titre "La jeune fille de mouzon"
dans un recueil de chansons traditionelles par Prosper Tarbé en 1863.
(Romancero de Champagne. Reims. Tome 2, 2e partie.)

Voici sa remarque relative aux mots "glandinette, glandinon".

(1) Ardennes, Marne. - Le refrain de cette chanson rappelle, sans doute, l'exercice du droit de glandé, c'est.à.dire du droit octroyé aux pauvres gens de ramasser les glands dans les forêts seigneuriales. Les archevêques de Reims furent seigneurs de Mouzon jusqu'au règne de Charles V.

Disponible sur books.google.com :
http://books.google.com/books?id=NEkCAAAAQAAJ&pg=PA200
doublons :
http://books.google.com/books?id=sggUAAAAQAAJ&pg=PA200
http://books.google.com/books?id=aP4xAAAAMAAJ&pg=PA200

NB : De nombreuses variantes de la ronde de la jeune fille à la fontaine
existent dans plusieurs provinces de France et au Québec.
Elles ne comprennent que rarement le mot glaudinette / glandinette.

Mon père m'envoie à l'herbe, glaudinette, et ma mère au cression, glaudion ...